02.05.2008
Mon poisson rouge et moi
Il y a un peu plus de deux ans, j'ai adopté un poisson rouge.
Blop
(Nous parlerons à deux voix, il aime bien mettre son grain de sable surtout quand on ne le lui demande pas)
C'est un poisson rouge très classique, un peu grand pour son espèce peut-être mais un poisson rouge ordinaire, comme on en croise des milliers aux aquariums des supermarchés.
Blop blop blop blop blop (là, je pense qu'il n'est pas d'accord mais ma souris traductrice est en vacances, niark niark)
Je l'ai baptisé Grand Couillon, eu égard à sa grande taille.
Blop blooooooooooop blop (oui, il m'en veut beaucoup de l'avoir baptisé comme ça mais dans la mesure où il se reconnaît, j'ai décidé de lui conserver ce nom)
Il vit tranquillement sa vie de poisson rouge, avec un intérêt fort limité pour le temps qui passe, malgré le calendrier que j'ai déposé auprès de son bocal pour lutter contre sa tendance achronique récurrente.
Blop blop (je connais bien ce blop blop là, c'est l'équivalent du "mais oui mais oui" masculin)
Comme tous ses congénères, mon poisson rouge a une mémoire immédiate et sélective. Il se souvient fort bien du jour où j'ai malencontreusement laissé échapper un comprimé d'efferalgan dans ses eaux et passe au large lorsqu'il me voit vêtue de bleu (et je ne vous parle pas du Vichy). En revanche, il oublie joyeusement tout autre événement passé quelques heures. Ainsi la pierre ramenée de Corse qui leste le fond de son bocal l'a perturbé moins d'un petit quart d'heure avant qu'il ne reprenne ses habitudes et ses rondes bucoliques.
... (l'absence de blop signe souvent une dignité offensée)
Pourtant j'y tiens à cette tête de mule amphibie. Il me boude régulièrement et a mis au point un circuit d'évitement très subtil lui permettant de faire le tour de son territoire en restant hors de ma vue.
Blop blop blip! (oui, bon, ça va les danses de la victoire, même si je ne te vois pas, je sais où tu es)
Il faut dire qu'il m'en veut un peu de mes gaffes répétées lorsqu'il tente d'attirer mon attention. Asynchronie quand tu nous tiens... A peine s'est-il collé à la vitre pour solliciter mon attention que je file à l'anglaise. A peine est-il remonté à la surface que mon téléphone sonne et que je lui tourne le dos.
Blop (mode monosyllabe on)
Ce n'est pas que je l'évite, c'est que je suis maladroite...
... (là je m'envase visiblement)
Je parle mal son langage, je m'empêtre dans ses bulles silencieuses mais j'aime tellement croiser ses grands yeux noirs que je jure qu'à notre prochaine "rencontre", je resterai en apnée avec lui jusqu'à ce qu'il reparte croiser entre ses rives.
10:24 Publié dans Spécial dédicace | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
27.04.2008
Assise dans mon fauteuil
Bien chers tous,
De mon archives open tour, je vous envoie quelques nouvelles, histoire de prouver à d'aucune râleuse (ici-même, en ces lieux, oui, sous mon nez) que je suis toujours vivante et écrivante (mais ces jours-ci, je fais surtout dans le recopiage de procès-verbaux de conseil général). Néanmoins, je ne suis pas passée sur ce blog pour parler de mon futur article sur cette source exceptionnelle que sont les procès-verbaux de conseil général, article qui révolutionnera l'histoire du XIXe siècle pour les 50 prochaines années et qui me propulsera au firmament du monde universitaire. J'avais envie de vous parler théâtre.
Théâtre! Hein! Quoi! Elle va au théâtre alors qu'elle ne prend pas la peine d'aller à Paris! A mon lectorat parisiano-parisianiste, je souhaite rappeler que la douce province est aussi un haut lieu de création sur les planches et que j'ai même croisé un théâtre à Mende, ce qui prouve que tout arrive en ce bas monde. Mais il me faut le reconnaître c'est bien dans notre vaste capitale que je m'en fus m'enfoncer dans un fauteuil rouge. Avez-vous remarqué à quel point les fauteuils sont rouges lorsqu'on va au théâtre ou au cinéma? Sûrement parce qu'on risque de s'y entretuer pour l'amour de l'art...
Oh ma chronique n'est pas toute jeune et l'impression à la sortie de la salle a eu le temps de mijoter, doucement, de caraméliser même, mais la compagnie de Myriam Boyer est une friandise. Au mois de février dernier, accompagnée de Nièce et Neveu, j'ai donc repassé les portes de la salle Popesco à Marigny. Ma précédente visite avait eu lieu pour Signé Dumas, un fabuleux huis-clos entre Francis Perrin et Thierry Frémond d'où je ressortis avec l'envie furieuse de relire Les Trois Mousquetaires. J'ai poursuivi avec Romain Gary et sa Vie devant soi.
Je pourrais écrire un livre à parler du roman, de son auteur, mais s'y plonger est encore le plus bel hommage qu'on puisse lui rendre. Non, ce soir-là, c'est l'incarnation du roman qui m'a rendue toute petite au fond de mon molleton rouge. Les critiques avisés encensaient déjà acteurs et mise en scène, mon a priori était donc positif. Pourtant, des a priori ne font pas une soirée et lorsque le rideau se lève, les papelards de journaleux, si élogieux soient-ils, ne sont même plus un lointain frou-frou en arrière plan du décor.
Pendant deux heures, j'ai épié les bonds insensés d'un garçon grandi trop vite, flottant dans sa peau de gosse de 13 ans quand son corps en réclame 15 bien sonnés. Aymen Saidi donne au petit Momo la fraîcheur de l'adolescence engoncée dans une enfance qui éclate à chaque rire, à chaque colère gargantuesque. Ses coups de fourchette ont l'énergie d'une vie qui enfle entre espoir et désespoir, entre sève têtue et passé poisseux. Excessif son jeu? Peut être... autant que peut l'être justement le bouillonnement de cet âge où l'amour et la peine ont une simplicité désarmante dans leur profondeur.
Et Myriam Boyer? Madame Rosa? Géniale est un mot aussi faible que banal pour la qualifier. Humaine, terriblement incarnée, voilà ce qu'elle est. Une vieille pute dit Momo. Oui, une vieille pute, avec la lourdeur des chairs, l'effondrement d'un corps trop donné et trop pris, la prématurité de la déchéance. Madame Rosa vécue par Myriam Boyer, c'est un monstre d'amour qui ne sait plus triompher de la douleur et de la peur, c'est la nourrice redevenue enfant, son rouge à lèvres barbouillé bavant sur la joue du petit qu'elle a torché jadis. Myriam Boyer donne à vivre, échevelée, pieds nus, elle offre à coeur, à corps et à voix son personnage au public, avec la générosité de cette Madame Rosa qu'elle accompagne dans la mort.
Bien sûr, j'ai versé ma larme, plusieurs même. Bien sûr, je n'étais plus une spectatrice pendant ces heures, mais une petite souris entrée par effraction dans cette famille bancale de l'orphelin abandonné et de la michetonneuse repentie. En sortant de la salle, Nièce, Neveu et moi avons croisé Madame Boyer, et on n'a su que lui dire merci.

15:59 Publié dans Pellicule, salle noire et chocolats... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la vie devant soi, théâtre, myriam boyer, aimen saidi
13.04.2008
Les Pyrénées, les ours et les bérets
Il est des enthousiasmes que la bienséance interdit de développer en public. Mais une visite aux archives des Hautes-Pyrénées est un bonheur sans pareil, il faut le dire, le rappeler et le répéter. La salle de lecture... le buste de Napoléon... le béret du directeur...
Brisons-là, j'ennuie suffisamment les gens en vrai à ce propos depuis que je suis rentrée.
Je voulais pourtant vous faire partager une jolie découverte de mon séjour: Pau plage. Vous pensez que je me moque de vous? Jamais cela ne me viendrait à l'esprit. Pau plage c'est un décalque pyrénéen de Paris plage et croyez-moi, ça vaut son pesant de pistaches décortiquées...
Voyez plutôt
14:25 Publié dans Spécial dédicace | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : archives départementales des hautes-pyrénées, pau, béret


