10.12.2008

Picasso et les maîtres

Chronique non autorisée d'un oeil peu averti

C'est l'exposition de l'année. Picasso est partout, au Grand Palais, au Louvre, à Orsay. Picasso nous guette sur les colonnes publicitaires, aux flancs des bus et sur les affichages autorisés. Picasso est sur toutes les bouches des lettrés de la capitale : "Et donc tu as vu Picasso?" "Mais comment ne peut-on pas aller voir Picasso?" "Très chère, je reviens de l'expo Picasso"...

Je fus donc à "Picasso", parentalement entourée, comme j'avais été il y a quelques lustres à "Matisse-Picasso" et encore bien avant aux "portraits de Picasso". Je confirmai ainsi mon estampille de chartiste culturellement correcte apte à deviser sans peine avec les sous-préfets de mon département. Mais qu'y ai-je vu?

Choisir d'exposer Picasso aux côtés de ses précédesseurs privilégiés se justifie pleinement et a donné lieu à un magnifique travail de retour sur l'oeuvre du maître. S'offrir pour quelques semaines le plaisir du musée idéal, d'El Greco à Ingres en passant par Renoir, est un délice que l'on n'a, de plus, nulle envie de bouder. Les salles sont vastes, la muséographie seyante. Les oeuvres respirent, suffisamment nombreuses pour étayer le propos et suffisamment précises pour ne pas le délayer dans une exposition prétexte et bric-à-brac. Chapeau bas à Mesdames Baldassari, Bernadac et Bonnel.

Voilà pour la forme, qu'en est-il du fond? Le titre de l'exposition est ambigu. En juxtaposant à égalité Picasso et "les maîtres", il semble faire du premier l'éternel élève, l'humble tributaire des seconds, mais l'écueil du possessif est évité. Ce ne sont pas les maîtres de Picasso qui n'était pas homme à s'asseoir au bas du piédestal mais bien ceux que son oeil a intronisés à cette place.

Avant de voir l'exposition, des avis mitigés m'étaient parvenus, soulignant que Picasso perdait beaucoup à se voir ainsi confronté aux "vrais" maîtres (l'adjectif n'a pas été prononcé, je l'attrape au vol car il flottait dans l'air). En sortant des galeries du Grand Palais, je songeais à cette impression que je n'avais su ressentir.

Que ce soit effet de mode, de personnalité ou de marché, il m'apparut au contraire que les maîtres avaient été convoqués tels des écoliers timides autour du Peintre. Il n'y a pas grande originalité scientifique à rechercher dans le grand'oeuvre d'un artiste les influences de ses pères ou de ses contemporains, la démarche est usée jusqu'à la corde mais la corde, il faut le reconnaître, tient bon. Sans source nulle récolte...

... pourtant sans semeur nulle récolte non plus. Il fallait Picasso pour qu'on pût exposer Picasso et les maîtres. Il fallait l'ogre absorbant son panthéon pour que le panthéon prenne cohérence. A ce titre, il ne m'a point semblé que Pablo abdiquât son orgueil parmi ces grands.

Se contenter d'une photographie pour l'affiche donnait le ton, c'est bien l'esprit de Picasso qui règne sur les salles de cette exposition. Je me contenterai pour preuve de trois exemples seulement : l'adolescent faisant surgir du papier les antiques, le farceur des "cartes de tarot" (Cocteau) et le relecteur des Ménines.

En exposant les études de Picasso enfant, les commissaires apportent une énième réponse définitive, car besoin en est encore, à l'image de Picasso, élève de maternelle attardé. Croyons-le, yeux grand ouverts, quand il nous dit : "Quand j'avais leur âge, je dessinais comme Raphaël, mais il m'a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant."

Les cartes de tarot m'ont touchée différemment par leur violence, par leur véhémence picaresque. Picasso peint en grand, en épais, la trace de son geste sur la toile est comme l'écho d'un rire énorme, d'une grande coulée de vie. Il y joue de l'imitation qui n'est pas copie comme l'art paléo-chrétien et médiéval sait le faire, se construisant par correspondances quasi-imperceptibles.

Les Ménines enfin occupent une place à part dans le parcours, et désormais dans ma mémoire. Est-ce leur absence, suppléée par une projection virtuelle qui veille sur l'atelier reconstituée du titan catalan cherchant la pierre philosophale dans la toile de son compatriote? Est-ce le statut si spécial de ce tableau dont Michel Foucault fit son miel autrefois, et qu'aima à relire ensuite Daniel Arasse? Picasso s'approprie les Ménines avec une gloutonnerie prolifique. Il s'incarne en Vélasquez, chassant de toile en toile le peintre de son propre cadre puisqu'il devient ce peintre, sorti du châssis. Et l'on voit ce qu'il voit, ce qui obsède son pinceau au point de reconstruire le chef-d'oeuvre du Prado autour de ces deux points : l'infante et l'inconnu dans l'encadrement de la porte. A trois siècle de distance, Pablo interroge Diego, magie d'un dialogue que l'on ne saurait réduire à un hommage en forme de gammes.

Qu'on se le dise encore, s'il faut le répéter, "Picasso et les maîtres" met superbement en scène ce dialogue tel qu'il bouillonna et fleurit pendant cette longue vie de réinvention acharnée de l'art pictural.

03.12.2008

"Il a le mois de mai sur les joues...

... et le mois de janvier dans le coeur".

A défaut d'écrire ici bas, je m'en vais hanter les fauteuils de la Comédie Française. C'est en néophyte bourrée de préjugés que j'y fis mes premiers pas il y a quelques semaines, pour en ressortir amoureuse convaincue, prête à suivre la saison aussi loin que mon porte-monnaie accepterait de m'emmener.

Après avoir marié Figaro, je retournai marier la princesse Elsbeth avec le prince de Mantoue sous les auspices de Musset. Du doux Alfred, je connaissais Camille et Perdican, Octave et Marianne, je soupçonnais Lorenzaccio mais ne savais point Fantasio. Aux oreilles des moins de cent ans, ce nom chante une toute autre chanson que celle de l'enfant du siècle. L'envie est forte de lui adjoindre un groom facétieux et un tendre écureuil. Résistez-y, ce Fantasio-là étoufferait entre quatre cases.

Denis Podalydès lui offre la liberté d'être incarné par une femme, la lumineuse Cécile Brune. Le choix est audacieux, joli contrepoint à la tradition renaissante qui servait jadis aux spectateurs londoniens une lady Macbeth débordante de testostérone. Vous dire l'intrigue serait flouer Musset du coeur de sa pièce, car l'intrigue c'est Fantasio lui-même et point le jeu du mariage manqué d'une romantique princesse avec un royal benêt. L'on cherche en vain un début et un dénouement dans ce tourbillon dramatique que matérialise sur scène un manège pour seul décor.

Dans cette pièce, Musset a mis un être qui seul nous tient le coeur de son apparition jusqu'au tomber du rideau. Fantasio a l'âge de l'éternelle jeunesse puisque le passé glorieux a trahi ses enfants et que l'avenir est ravi à cette génération qui noie le lyrisme de ses pères dans le mauvais alcool. Cécile Brune est un Fantasio que seuls rattachent au pavé de Munich des créanciers acariâtres. Fine et dansante, elle tremble d'une fureur de vivre qui jamais ne fut mieux incarnée qu'en cette silhouette insaisissable aux éclats de rire tonitruants brisés sur les tessons des bouteilles qu'elle siphonne dans un lamento de diva.

En une ronde que plus tard sut à son tour brillamment orchestrer Max Ophüls, les personnages de Musset sont des funambules oscillant entre le précipice du désespoir et les abysses de l'absurde. Denis Podalydès met en scène une pièce difficile, en perpétuelle tension entre la rage de l'auteur et la vacuité d'une société qui ronronne bourgeoisement et boude le théâtre de ce génial électron libre. En quittant la salle Richelieu, on sait pourquoi Musset ne fut pas joué de son temps, mais plus encore, on sait gré aux comédiens, au metteur en scène et à toute son équipe d'avoir donné à ce texte la plus belle revanche qui soit : résonner avec éclat sur la scène du Français et y être applaudi à la mesure de sa démesure.

24.10.2008

Un seau, une pelle et une truelle!!!!

Oyez, oyez, braves gens (et tous les autres aussi), huy est un jour faste, car un blog est né! Oui, un blog, messieurs-dames (et toutes les mademoiselles aussi), sur un thème cher à mon coeur dont je ne vous ai pas encore parlé (mais ça viendra, vous y passerez tous à la casserole) :

le site archéologico-mirifique des Arènes de Tintignac.

Alors, vous allez me faire le plaisir de filer vous instruire sur la question en cliquant au dessus ou sur le lien dans la colonne de gauche (section histoire).

PS: c'est tout pour aujourd'hui, j'ai colloque.