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22.08.2007
Où l'on apprend à se méfier des 4V
Il est un lieu étrange, un lieu multiple et unique pourtant qui se cache à la périphérie de nos préfectures. Il est un lieu miteux ou mégalomane, un lieu rutilant ou humble qui attire insensiblement à longueur d'année (et de préférence pendant les vacances scolaires) une foule bigarrée et parfois douteuse.
J'aime vous imaginer en train de chercher, tous neurones à l'air pour ralentir leur échauffement programmé et éviter le court-circuit cérébral généralisé. Certains ont peut-être trouvé, et ils me répondront que ces lieux ne se trouvent pas qu'à la périphérie des préfectures, on les rencontre de temps à autre au coeur même de nos chefs-lieux. Mais ils devront me concéder que c'est de plus en plus rare et que ces lieux de perversion insoupçonnée s'exilent désormais volontiers aux confins de la ville et de sa banlieue, dans ce noman's land étrange que n'atteignent d'ordinaire ni les bus, ni les tramways.
Bon, alors, elle va la cracher sa pastille! Oui, ça vient, ça vient... le lieu dont je parle, ce lieu magique et mystérieux (d'accord, j'arrête), c'est les archives départementales. Pas de soupir de déception dans les rangs, si vous pensiez que j'allais vous parler de clubs organisateurs de parties fines à la sortie est de la ville de Tulle, vous vous flanquez le doigt dans la narine jusqu'au coccyx. Les archives départementales, j'emploie ici un terme générique car à l'instar d'un collège ou d'une administration des impôts, la localisation différenciée n'entraîne guère de changements profonds dans le fonctionnement de la bête, les archives départementales donc obligent leur lecteur à déployer un tactique de survie des plus élaborées.
En premier lieu, avant de devenir lecteur, d'être reconnu comme un membre officiel du système, vous devez passer par le stade "emmerdeur qui arrive à 10h du matin, au moment de la pause café et réclame une place". Avec une vivacité surhumaine, il vous sera demandé alors de déclarer votre identité, puis de la prouver (eh oui, on ne va pas faire confiance à vos beaux yeux) à l'aide d'une carte d'identité (si vous présentez un passeport, gare, vous risquez la reconduite à la porte des archives). Attention, l'étape suivante est particulièrement délicate. Le responsable de l'accueil risque de vous interroger sur l'objet de vos recherches... si vous souhaitez passer inaperçu (auprès du personnel de la salle de lecture), une seule réponse est admise: "GENEALOGIE". Soyez dès lors certain qu'aucun ne tentera de question. Cette tactique recèle néanmoins une faille, en vous découvrant ainsi sur votre flanc droit (les gens derrière la banque de prêt), vous laissez votre flanc gauche à nu et c'est par là que le généalogiste attaque.
Le généalogiste appartient à une espèce encore peu représentée au début du siècle mais qui a tendu à se déployer sur la surface de la terre à la vitesse de propagation d'un virus informatique pendant les vingt dernières années. Le généalogiste peut être de sexe masculin ou féminin, sachez, jeunes gens, que les généalogistes femmes sont, dans l'ensemble, moins dangereuses. Elles se contenteront de venir vous demander de déchiffrer un acte notarié du XVe siècle écrit avec un os de cochon atteint d'ostéoporose et de l'encre sympathiquement baveuse. Vous pouvez dans ce cas tenter une lecture (attention, si vous les aidez une fois, elles reviendront ensuite) ou orienter votre aimable co-généalogiste (souvenez-vous, vous aussi, vous faites partie du club, officiellement) vers le GDA (gentil directeur des archives) qui est censé être archiviste-paléographe.
Le généalogiste homme en revanche est souvent un représentant du cercle très fermé des 4V. Mais qui sont ces 4V? demandez-vous avec la feinte surprise d'une potiche de téléachat. Les 4V sont les Vieillards Vineux, Vicieux et Variqueux. Je tiens donc à vous mettre prestement en garde. Mesdemoiselles qui lisez ce blog (et ne croyez pas, Messieurs, vous pouvez être tout aussi concernés), ne vous approchez jamais, quoi qu'il arrive, même en cas d'attaque nucléaire ou d'emballement d'un lecteur de microfilms, d'un 4V. Votre santé mentale et la santé des archives que vous consultez en dépendent. En effet, le 4V choisit soigneusement sa victime, vers qui il se dirige lentement en grattant les croûtes purulantes qui sifflent sur sa tête. Arrivé à sa hauteur, il se penche et avant d'articuler un pénible "bonjour mademoiselle", vous souffle les bouches de l'enfer dans le visage tout en bavant dans votre décolleté (je vous rappelle que nous sommes en été et donc vous portez des décolletés pour tenter vainement de séduire le vacataire de service). Si la bave tombait par malheur sur le document que vous lisez, il serait perdu à jamais!
Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire... Fuyez loin des archives départementales!
12:32 Publié dans Ch....steries... | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
14.08.2007
Love, love, love
Je suis amoureuse.
J'avais promis de ne pas tartiner sur ma vie privée, mes sentiments, tout ce qui fait battre mon petit coeur sur ce blog, mais là, mon palpitant explose de me taire ainsi. Voilà pourquoi je vous l'avoue, je le confesse, je suis amoureuse et dès lors vous préviens que tout ce qui suivra ne sera que dégoulinante mièvrerie.
En de telles circonstances, il est d'usage de décrire avec minutie l'être responsable des émois, et je ne dérogerai point à cette règle consacrée par la tradition. Passons sur les clichés en nous y arrêtant. L'objet de mes soupirs est beau, distingué, élégant, sublime et inimitable, c'est une évidence mais je ne me lasse pas de le rappeler. Entrons dans les détails. Mon canari des îles Kerguelen est fort brun, et se dore sensiblement au soleil. Mon hérisson en sucre est grand et costaud, sa chemise s'ouvre sur un torse musclé et moutonneux. Un grand bellâtre me direz-vous? Farpaitement! vous répondrai-je à l'instar d'Obélix, un grand bellâtre tendre et sensible sous des dehors parfois désinvoltes. Que vous dire de plus? que son regard ferait caraméliser une crème brûlée, que ses mains feraient fondre l'Islande en une caresse, que sa bouche réveillerait une carmélite desséchée.
J'exagère... non, je ne pense pas. Peut être même suis-je encore bien loin de la réalité de sa peau affolante, de son sourire embrasé... Pardonnez-moi, je m'égare dans son souvenir, mais c'est qu'il est si... présent, c'est qu'il sait prendre tant de place.
Son nom? Tiens, je ne vous l'ai pas dit? Vous me surprenez... Mais je suis étourdie, sans doute ai-je omis cet essentiel qui ne vous servira guère puisqu'il vous est inconnu. Je peux bien vous le confier si vous y tenez... à condition de le garder secret ensuite... Promettez!
Il n'y a que vous, n'est-ce pas? Pas de voisin curieux caché dans le placard, pas de professeur embusqué pendant un cours d'informatique, seulement vous?
Alors je me lance... il s'appelle Bond, James Bond ou plutôt Connery, Sean Connery.

PS: Vous pensiez à quelqu'un d'autre?
15:00 Publié dans Pellicule, salle noire et chocolats... | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
12.08.2007
Là où le blanc devient noir
Lorsqu'on feuillette les brochures des agences de voyage (oui, ça arrive encore aux fanatiques du papier qui rêvassent des heures devant les photos stéréotypées de ce genre de littérature plutôt que de se crever les yeux sur internet), juste avant d'arriver sur les terres italiennes, on croise un petit pays blanc. L'Islande est réputée pour ses glaciers, ses fjords et ses chanteuses aux goûts vestimentaires exotiques. Je suis certaine que si vous fermez les yeux, très fort, en serrant les paupières jusqu'à ce qu'elles prennent feu... euh, je me trompe de livre. Reprenons, fermez les yeux, disais-je, mais pas trop longtemps car vous ne sauriez jamais où je veux en venir, et imaginez l'Islande.
...
Que voyez-vous? Du blanc! J'en étais sûre. Vous voyez du blanc, de la neige, de la glace, un peu de bleu car il faut bien laisser de la place aux fjords, vous voyez aussi des serres si vous êtes contrariants et que vous avez fait trop de géographie des productions agricoles mondiales. Il y a quelques mois, je suis entrée dans ma librairie préférée, celle où je vais quand je ne sais pas ce dont j'ai envie, mais qui remplit mes étagères au grand désespoir de leur solidité depuis ma plus tendre enfance. J'en suis ressortie avec un livre islandais et alors que je revenais chez moi avec ce petit bloc de pages sur le siège passager, j'ai pensé blanc.
Arnaldur Indridason m'a répondu noir. L'opposition chromatique est simpliste, je le reconnais, et ne rend pas justice à cet auteur. Disons qu'une fois refermé le roman, c'est l'atmosphère profondément sombre qui prime, comme un brouillard venu endeuiller les scintillantes visions de plaines englacées.
"Mais La Voix est un polar!, me répondrez-vous, tu ne t'attendais tout de même pas à Oui-Oui au pays des neiges, tout de même?" Non, mais si les romans noirs se contentaient t'attendre la nuit pour se dérouler, ils porteraient bien pauvrement leur nom.
Le noir d'Indridason est en réalité un gris mouvant, tirant par instants sur le marron. Il colle aux doigts, aux yeux, il englue l'esprit dans le récit, sans fulgurance, et l'on chemine aussi péniblement que le personnage principal, Erlendur, sur la route du meurtre à comprendre. Que l'on ne se méprenne pas sur mes mots, c'est justement le talent d'Arnaldur Indridason que de nous faire chausser des bottes en caoutchouc pour patauger dans le marais de ces terres en dégel, qui suintent la mesquinerie, la violence et les silences d'une île trop petite pour que tout n'y prenne pas une intensité particulière.
La Voix, c'est un concierge mort dans une cave de grand hôtel, en costume de père Noël et encore paré du passeport anti MST pour le septième ciel, à ce détail près que le pauvre homme ne s'y est pas arrêté, prenant appui sur un poignard planté en plein coeur pour se propulser jusqu'à la droite du Père. De l'intrigue, je ne dirai rien de plus, z'avez qu'à lire, comme intimerait Miss Camille.
La Voix, comme La Cité des Jarres paru en 2000 (traduction française 2005), est plus qu'un roman policier, c'est un roman tout court qui sait émouvoir sans jamais tomber dans le pleurnichard. La société islandaise s'y étale avec pudeur, dans toute sa complexité et son insularité. Aux côtés d'Erlendur, on pénètre dans un monde où les noms de famille n'existent pas car la population est trop étroite pour le nécessiter, on découvre un héros ordinaire, qui n'éveille en nous guère de sympathie, mais hic non jacet lepus comme dirait l'autre, au contraire. Erlendur n'a rien d'un Adamsberg et cela lui sied parfaitement.
Parler du style est difficile lorsqu'on est en présence d'une traduction, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, je pense qu'il me suffira alors de dire qu'il m'a portée jusqu'à cette note, moi qui avais juré il y a peu qu'on ne m'y reprendrait pas avant la rentrée.
13:15 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07.08.2007
Trop de blog tue le blog
Hum, ça ne risque pas de m'arriver ces temps-ci me direz-vous. Et bien, vous avez tort! Non que des notes apparaissent en ces lieux à votre insu, écrites au script sympathique, je ne vous ferai pas l'injure de trouver une excuse aussi tartignolle à mon silence... - encore que, ma mauvaise foi est, paraît-il, légendaire - mais les vacances exigent une pause. Le vide sidéral, la morne répétition du blog non mis à jour, bref, en un mot comme en cent, la flemme phénoménale de sa tenancière sont des symptômes naturels de cette période estivale. L'absence de soleil, de chaleur, de palmiers et d'éphèbes pour me masser les pieds ne sont en rien des raisons suffisantes pour me propulser devant mon ordinateur. Fainéante je suis et le resterai.
Je pourrais vous raconter mes voyages, au delà des mers ou à l'est de l'Europe, mais je m'en voudrais de transformer ce lieu en carte postale géante, aussi impersonnelle qu'inintéressante pour vous, chers lecteurs. Sachez seulement que l'Irlande étant mouillée et l'Ukraine promettant d'être chaude, une bonne récolte de girolles et de cèpes devrait en résulter, si les petits cochons ne me mangent pas.
Tout ça pour rien alors? Oui, tout ça pour une note qui ne tient debout qu'avec les béquilles de votre bienveillance. Je reviendrai sûrement... je reviens toujours sur les lieux de mes crimes.
En attendant... silence, on lit.

10:12 Publié dans Autoblog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


