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20.09.2007

La rentrée

Hum, ça post-scripte guère ces temps ci. Je dois avouer qu'il m'arrive de ne rien avoir à raconter... Quoi? Je mentirais? Disons que, comme cela fut longuement étalé dans une note précédente, je suis parfois fainéante et n'envisage pas de passer quelques minutes devant mon cher Gaspard (je fais aussi partie de la secte qui baptise ses objets) pour vous livrer la subtantifique moëlle de mes neurones décadents. Ne cherchez pas le microscope qui m'a fait découvrir de la moëlle dans des neurones mais croyez-moi sur parole. (C'est beau de se sentir omnipotente...)

Pardonnez moi lecteur parce que j'ai péché, beaucoup, passionnément, par omission sur ce blog. Je ne vous ai pas parlé de mes vacances... mais encore eut-il fallu que vous m'imposiez une rédaction! Reconnaissez que seul un sujet soigneusement calligraphié par un instituteur bienveillant peut donner envie d'exalter à la face du monde ses péripéties estivales. Je ne vous ai pas non plus parlé de ma rentrée mais qu'aurais-je pu en dire sans me faire haïr de tout élève potentiellement lecteur de céans? Le devoir de réserve est sacré, il serait malvenu d'en vouloir donc à mon silence. En somme, je ne vous parle de rien? Pas faux. Mais je n'ai jamais promis du contenu... il y a ma thèse pour ça, rappelez-vous.

Quoi? Ma thèse, je ne vous en ai jamais parlé non plus? Mais vous avez une chance folle, mes petits. Rassurez-vous, malgré toutes mes belles promesses, ça viendra un jour, d'autant plus qu'elle va désormais occuper mes jours et mes nuits.

En fin de compte, la seule grande nouvelle de la rentrée, c'est le moyen dont les gens (la foule, les hordes de fans en furie, vous, quoi) arrivent sur ce blog. Je ne vous ferai pas la liste complète des mots-clé, un seul a parmi eux attiré mon attention, le premier... "Alain Le Gallo". Je sais que je joue avec le feu et que cette mention supplémentaire ne fera que confirmer le classement brillant du personnage mais qu'à cela ne tienne, il faut bien répondre aux sollicitations même cachées de ses lecteurs. Vous cherchez Alain? Je vais vous en parler. 

Alain Le Gallo naquit un beau jour en Armorique, du côté du Morbihan et non à proximité du petit village qui résiste encore et toujours à l'envahisseur, qu'on se le dise. La date de sa naissance restera celée pour conserver à notre héros l'aura mythique qu'il véhicule, mais sachez cependant que c'était il y a très très longtemps (les héros sont vieux mais font jeunes, c'est leur principale caractéristique).

Le petit Alain grandit donc, le cheveu au vent, face à la mer (comment ça on dirait une mauvaise chanson de variété?!). Arrivé à l'âge où l'on quitte sa province, bien décidé à empoigner la vie, le coeur léger et la sacoche pleine de livres de latin, il monta de sa Bretagne natale vers le phare parisien, prêt à révolutionner le monde de la khâgne moderne (non, il ne s'agit pas d'un oxymore). Tombé amoureux (tout court) mais aussi de ces lieux intermédiaires que sont les classes préparatoires littéraires, il se jura d'y revenir un jour pour y accomplir son destin de jedi latiniste et surveiller la vitesse d'érosion décennale du plâtre en haut à gauche du mur.

Un voile pudique sera jeté sur les années suivantes, la rencontre bouillonnante entre une bouteille de cognac, la canicule et une leçon d'agrég, les débuts dans le sein des saints, haut-lieu de la poule au pot et des taupins en croûte, j'en passe et des meilleures. Vint le jour où je le rencontrai. D'éblouissement, point, j'étais déjà aveuglée par la mystique legallienne, cette ambiance quasi religieuse qui émanait de la salle 57 après chacun de ces passages. Les élèves ressortaient de son cours l'oeil hagard, en proie à d'étranges hallucinations, secoués de transes indicibles.

"EDP, effet de participiale", "l'ablatif absolu n'existe pas, ce n'est qu'une manifestation du complot mondial contre le latin", "Ciceron va tous nous tirer par les pieds", autant de phrases inaccessibles au profane qui rappelaient les stances syncopées d'une initiation éleusienne. Le Gallo était le grand maître de ce culte, plus "Socrate que Platon", il dirigeait avec douceur et fermeté (là, je brode, la réalité exigerait que je dise: "avec force coups de gueule et rimes de désespoir") son petit troupeau vers la révélation de la Version. Car s'il y eut le Verbe, avec Alain, au commencement fut la Version, la seule, l'unique, celle qui d'un homines delecti fait un "choix d'hommes" et non un "les hommes ayant été choisis" (admirez la classe de la première formulation!). Bref, tout cela fut fort beau et fort bon et les doigts me démangent de vous enjoindre d'aller en paix, mes enfants, à présent que vous apercevez floutement la vérité legallienne. 

...

Bon, d'accord, je vous entends râler, ne croyez pas. "La poisse, elle fait dans la private joke maintenant", "ouais, c'est pénible ces gens qui parlent juste pour eux", "m'en cause pas, ils se croient le centre du monde ces bloggeurs","on va aller lire ailleurs pour la peine". Et là, je vous arrête (ben oui, n'allez pas lire ailleurs quand même), certes Alain Le Gallo n'est ni Georges Clooney, ni Brad Pitt, il est moins célèbre que Montaigne et La Boétie (merci à G.B. d'avoir tant oeuvré pour le second) mais il reste un de mes anciens profs et, égoïstement, à ce titre, il avait droit à une note.

PS: si vous ressentez le besoin irrépressible de voir à quoi ressemble ce grand homme, postez vous au coin d'un reste de muraille XIIe siècle, dans une rue portant un nom mérovingien, le jour des enfants vers 14h30, alors, si la chance est avec vous... 

14.09.2007

L'odeur des vieux placards

Quand je n'ai rien posté depuis longtemps, une sensation étrange m'envahit. Je me retrouve devant ce blog comme un gamin devant un plat d'épinards, sans savoir par quel bout le prendre. J'en épluche les rubriques à la recherche de l'étincelle, de l'envie d'écrire quelque chose d'intéressant ou à défaut qui me plaise. Je relis les notes précédentes avec curiosité, car je me reconnais rarement dans ces phrases, ces mots qui s'envolent de mes doigts pour se poser sur vos yeux. Il en est de ce petit espace comme d'un vieux placard qu'on n'ose ouvrir de peur d'y croiser d'énormes araignées au ventre noir. Mon blog me devient étranger, presque intimidant, car d'autres le lisent, le jugent, s'y amusent ou s'y ennuient. Au hasard des liens qui mènent jusqu'à chez moi, j'ai découvert les sites d'inconnus, qui ont orné leur liste de blogs d'un Post-Scriptum qui me surprend toujours, comme si leur choix me dépossédait un peu du mien. Mais c'est mon blog, murmurè-je dans ces instants, flattée et embarrassée qu'ils aient pu accorder à mes abus littéraires la moindre attention.

Ecrire est un jeu dangereux, sur la pointe des pieds en équilibre sur une corde molle et je n'ai pas le pied marin. Les mots se dérobent aisément à ma plume autant qu'ils manquent à ma langue quand l'intention est trop vive. J'ai parfois l'impression qu'un jour, assez proche, la source se tarira, mais cette certitude est aussi vieille que mes velléités d'écriture. Plus sûrement n'arriverai-je jamais à mettre un point final à quelque histoire que ce soit. Je picore la fiction comme des raisins secs dans le placard de ma cuisine, aussi gourmande que rapidement écoeurée. Achever m'angoisse. Un psychanalyste y verrait trop de choses évidentes, je préfère penser que le goût de la narration s'accommode fort bien du perpétuel, de l'infini. A défaut de savoir ou de vouloir finir, je bacle donc mes conclusions, en ce blog comme ailleurs, car elles ne me sont que tremplin vers d'autres suites. Vous pardonnerez ce long monologue de vendredi soir désoeuvré et comprendrez désormais ces dernières phrases à l'arrachée qui écorchent la fin de chaque note. Ici nul point d'orgue.

Qu'ai-je encore à vous dire?