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25.11.2007
Trifouillages
J'ai tout ouvert très proprement, sur un grand champ stérile. Tout ce bleu donnait un air marin à ma chasse au trésor. Doucement, j'ai plongé, coupé à gauche, taillé à droite un peu plus maladroitement. Et l'objet du délit est apparu.
De nouveau, j'ai dégagé, aussi précisément que possible, j'ai désenchâssé l'objet précieux qui n'a pas rugi, qui n'a même pas tenté de fuir. Et puis je l'ai posé au creux de ma main, presque trop chaud et un peu dégoulinant. Il a sangloté, sanguinolé aussi et il s'est tu. Je me suis aperçue que j'avais un coeur très sage, intimidé de voir ainsi le vaste monde qu'il ne savait que deviner au travers de sa cotte de côtes.
Le plus dur est fait, ai-je pensé. Mon coeur loin de moi, il serait plus facile de t'y trouver pour t'en déloger. Effectivement je n'ai pas mis longtemps à te dénicher, entre le ventricule et l'oreillette gauche.
"C'est bien fini cette fois-ci mon gaillard". Et tu m'as souri, vile feinte qui a destabilisé mon scalpel. Pourtant j'ai ravalé mon courage, j'ai fermé les yeux et je t'ai opéré. Trait par trait, je t'ai extirpé de mon palpitant, mots, muscles et rires, tout y est passé. Tu as laissé un grand vide, avec des rebords sales, qui feront une cicatrice à bourrelets, mais tu es parti.
C'était presque facile, pourtant je me sentais un peu gauche avec mon coeur biscornu qui crachotait du sang sur mes tas de copies. Il fallait le ranger, le remettre en place et le recoudre, avec du fil à poulet parce que je n'avais que ça sous la main. Le temps de le récupérer dans le tiroir sous le four, j'ai attrapé un second champ stérile et ...
... tu m'as souri. D'entre les côtes, du trou béant et rougeoyant, tu m'as souri.
11:10 Publié dans Chez Paillassou and co. | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


