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28.01.2008

Image ô mon image, ne veux-tu rien me dire?

Deuxième note en deux jours: tempête de neige annoncée sur la côte d'Azur.

Ces prévisions météorologiques posées, je peux entamer le sujet qui m'amène en ces lieux à une heure où la décence voudrait que je rédige un bel article ou que je transcrive un beau projet de cours d'accouchement du XVIIIe siècle. Il y a peu, un an, à peine deux, j'ai découvert la bande dessinée. Fort tard à vos yeux sûrement, à l'heure aux miens puisqu'il n'est pas d'âge pour apprendre, et que les dates de péremption humaines s'allongent chaque jour.

"Elle enjolive, elle connaissait sûrement..."

Bien entendu, j'enjolive, j'exagère et je déforme. J'avais eu entre mes menottes quelques albums dans mes jeunes années. Il fut même un temps où chacun de mes réveils voyait apparaître une nouvelle aventure d'Astérix sur le bord de mon lit. J'ai appris à retenir ma respiration comme Pepe, j'ai eu envie de manger de la fondue au bord du lac Léman, j'ai enfin retenu quelques formules latines que j'eus à traduire par la suite (ô tempora, ô mores, quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra!). Mais foin de la téléologie, revenons à nos moutonssss. Une période Hergé suivit et Le Nid des marsupilamis trône dans ma bibliothèque d'enfant (que les mauvaises langues se rassurent, je n'attribue pas au premier le second).

Pourtant, je restais perplexe devant la bande dessinée. Le découpage strict de l'espace en cases oppressantes me gênait, je ne savais pas regarder le dessin et restais hermétique aux mystères et au charme du huitième art. Imaginez la part de honte à avouer, lors que le chapeau de sainte Catherine s'approche dangereusement de votre chef, que vous n'y connaissez rien, que les séries encensées de tous ne vous évoquent qu'une vaste néant bulleux où je n'osais plonger. Il fallut une main pour m'accompagner entre ces pages, un Virgile bienveillant et bourru, qui déposait chez moi, sur le coin de mon bureau, accompagnés d'un "tiens, de la lecture", le hasard de ses choix. Hasard? Sans doute pas... Garulfo y a croisé le Chat du Rabbin. Entre gens de bonne compagnie, ils se sont bien entendus sous mes yeux. Evidemment, je suis tombée amoureuse d'un petit lapin blanc trop mignon pour être passé à la planche, on pouvait s'y attendre.

D'autres bd sont venues grossir le flot, Le Retour à la terre, malicieusement offert par des amis, a même justifié mes échappées provinciales. Cependant, mon oeil continue à se rebeller contre les marges, les cases, la discipline traditionnelle de l'image emprisonnée. Il continue de lorgner avec envie et admiration vers les livres pour enfants: je fonds devant Ernest et Célestine, j'entends le râle des cordes du violoncelle trop fier du Luthier de Venise. Je me prends à rêver d'une histoire sans texte, qui me forcerait à lire le trait, la couleur et l'élan du dessin. Elle existe sûrement, elle a peut-être de nombreuses soeurs, cousines. Je pars à leur recherche, mais si vous la croisez, dites-moi vite qu'elle est tout près.

27.01.2008

Au pays de Jean-Séb

Jean-Séb, c'est un pote... Il aime bien laisser des mots doux dans mes cartables.

Jean-Séb, c'est un fantaisiste, il ne joue pas du piano debout et il ne fait pas l'amour au micro devant des caméras frémissantes.

Jean-Séb, il ne pointe pas en haut des charts, il se fait discret sur les plateaux télé et ne sort pas avec une minette de la Star Académy.

Jean-Séb, je l'ai rencontré par hasard, au détour d'une note, au carrefour d'un accord qui a agrippé mon oreille en moins d'un quart de soupir. Je ne sais plus quel était mon âge, ni même s'il y eut réellement de première rencontre. J'adorerais raconter un coup de foudre, une soirée de sons passionnément emmêlés, mais peut-être fut-il plus simplement toujours là...

Un jour de bonne humeur, Jean-Séb s'est assis au soleil complice d'une après-midi d'hiver, il a étendu ses longues jambes sur le talus en haut du pré et il a écouté chanter les herbes. Deux écureuils sont passés près de lui, cabriolant et folâtrant par dessus sa perruque dépoudrée. Le soir, Jean-Séb est rentré au logis, il a poussé l'assiette que Maria Barbara avait préparée sur la table et il a commencé à griffonner sur un dos d'enveloppe: "la si do rémi mi la sol mi si ré do la...". 

"Qu'est-ce que tu fabriques? Tu arrives, rouge de froid, vert d'herbe, tu envahis la table à l'heure du souper?"

"Je raconte une histoire".

"Une histoire?"

"Oui, l'histoire d'amour de deux écureuils... en trois mouvements. Le premier écureuil parle toujours en second, c'est une dame, elle se ballade dans les aigus comme tu papillonnes des cils. Le second, c'est le galant, il est bavard, il se dépêche de déclarer sa flamme de peur que la dame ne l'écoute pas."

"Et elle l'écoute?"

"Oui, elle n'entend même que lui, et elle chante, si tu savais, elle monte vers l'azur avec des trilles d'émotion et elle se serre contre lui, ils s'enlacent..."

"Et ensuite?"

"Ensuite, ils s'aiment, et toute la forêt est en liesse. Ils tournent sur eux-mêmes, ils dansent, de plus en plus vite, de plus en plus serrés et leurs coeurs éclatent et... tu verras, ce sera beau."

"Je le sais déjà".

Jean-Séb a des doigts de rossignol, il marie entre ses portées les enfants de Botticelli et les chairs rosissantes de Renoir, Jean-Séb c'est la cathédrale de Rouen en plein soleil. Mais écoutez, contentez-vous seulement d'écouter son concerto pour deux écureuils ou deux violons c'est égal... 

PS: Concerto pour deux violons en sol majeur, de Jean-Sébastien Bach, au cas où vous ne l'auriez pas reconnu. 

01.01.2008

2007+2008=4015, vous en doutiez?

Les passages à l'année suivante, c'est le temps des additions.

En 2007, j'ai:

  • dit au revoir à mes premiers élèves.
  • eu l'agrég.
  • oublié mon parapluie en Irlande.
  • porté un drapeau rouge.
  • été renvoyée d'Ukraine pour tentative d'entrée clandestine dans le pays.
  • publié mon premier livre.
  • perdu et retrouvé ma dent chérie.
  • tenu ce blog (comment ça, pas souvent?!)

En 2008, je vais:

  • pas repréparer l'agrég (cf 2007).
  • dire au revoir à ma 2e génération d'élèves (snif).
  • reprendre ma thèse d'arrache-pied (c'est une image, je garde les deux quand même).
  • prendre du temps pour mes amis (ça fait des années qu'ils l'entendent et qu'ils ne le croient pas, l'important c'est de les rassurer en début d'année).
  • finir mes marrons glacés.
  • dance till the break of dawn.
  • lire.
  • écrire (ici, ailleurs, sur les sages-femmes en général, sur la vie des asperges en particulier).
  • tomber amoureuse (voeu pieux).

Mais, c'est quoi cette honte! Crions au scandale! Une note de 1er de l'an, c'est fait pour souhaiter du bonheur aux autres pas pour se regarder le nombril!

Comme si je ne pensais pas à vous? Bien sûr que je vous souhaite le plus possible de meilleur et le moins possible de pire pour cette année qui commence, que je vous conjure de rester en bonne santé et vous exhorte à croire en tous mes souhaits qui montent ab imo pectore (et ça n'a rien à voir avec les Dieux du Stade).

2007 fut 2007, mais 2008 sera... au moins 2008. 

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