21.03.2008

Brève de banque... d'archives

Petites filles, si vous voulez devenir un jour élèves sages-femmes, voici les préalables:

"Elle a son mari et son père; mais le mari a tenté de l'assassiner, le 19 juillet 1880, et il a été condamné à 12 ans de travaux forcés. Le père vit mais il a seize enfants."

Bon, je vous laisse à votre fiancé psychopathe et à vos quinze frères et soeurs... 

14.10.2007

Il y a quelque chose dans l'eau

Ce questionnement nous taraude depuis fort longtemps... Y-a-t-il quelque chose dans l'eau à l'Ecole des ch... ? Au premier abord, deviser sur un sujet pareil semble fort incongru mais à y regarder, renifler, étudier de plus près, l'interrogation paraît moins étrange.

Préalable indispensable, il faut savoir que l'Ecole des ch... est alimentée en eau par une source différente du grand bâtiment qui la phagocyte. Il appert donc qu'on ne peut chercher sans risquer de s'égarer la moindre similitude de comportement entre les populations de ces deux espaces. L'ethnie qui prospère sur les terres de la ch....sterie possède sa source, le lieu où se rassemblent pour boire les représentants flegmatiques de ce peuple en extinction.

Mais pourquoi se demander ce qu'il y a dans cette eau? Pour mieux comprendre la carnation diaphane des jeunes filles en fleurs fanées? Pour percer le secret des thèses à tiroirs et manuscrits multiples? Pour s'occuper au lieu de faire son ménage quand la vaisselle crie misère dans l'évier?

Oui, pour toutes ces raisons, mais surtout pour expliquer la perpétuation surprenante de cette institution à travers les siècles. Certes, on ne trouve point dans cette eau qui s'échappe en cataractes farceuses des robinets, un taux de plomb supérieur à la norme autorisée (comme en d'autres annexes de centre universitaire que je ne nommerais pas pour préserver mon anonymat et l'honneur de telle enseigne sorbonnisante). On n'y trouve point non plus le bacille du choléra ou une faune reproduisant le zoo de Vincennes en miniature...

Pourtant, dans cette eau, il y a quelque chose... une amie soupçonne un aphrodisiaque puissant qui pousse l'innocent ch...iste à se réfugier avec sa potentielle moitié dans le recoin de la salle des périodiques, ou à chercher l'intimité d'un abri aussi sombre que poussiéreux au grenier. Bizarre, bizarre... vous avez dit? Comment expliquer autrement la reproduction ch...isto-ch...iste depuis des siècles? L'endogamie va bon train, très-chers, il faut l'éclairer.

A y bien réfléchir, je me suis trompée d'études, j'aurais dû devenir chimiste... Quel dommage, nous ne saurons jamais exactement quelle molécule produit ce fleurissement sensuel chez le paléographe averti... 

22.08.2007

Où l'on apprend à se méfier des 4V

Il est un lieu étrange, un lieu multiple et unique pourtant qui se cache à la périphérie de nos préfectures. Il est un lieu miteux ou mégalomane, un lieu rutilant ou humble qui attire insensiblement à longueur d'année (et de préférence pendant les vacances scolaires) une foule bigarrée et parfois douteuse.

J'aime vous imaginer en train de chercher, tous neurones à l'air pour ralentir leur échauffement programmé et éviter le court-circuit cérébral généralisé. Certains ont peut-être trouvé, et ils me répondront que ces lieux ne se trouvent pas qu'à la périphérie des préfectures, on les rencontre de temps à autre au coeur même de nos chefs-lieux. Mais ils devront me concéder que c'est de plus en plus rare et que ces lieux de perversion insoupçonnée s'exilent désormais volontiers aux confins de la ville et de sa banlieue, dans ce noman's land étrange que n'atteignent d'ordinaire ni les bus, ni les tramways.

Bon, alors, elle va la cracher sa pastille! Oui, ça vient, ça vient... le lieu dont je parle, ce lieu magique et mystérieux (d'accord, j'arrête), c'est les archives départementales. Pas de soupir de déception dans les rangs, si vous pensiez que j'allais vous parler de clubs organisateurs de parties fines à la sortie est de la ville de Tulle, vous vous flanquez le doigt dans la narine jusqu'au coccyx. Les archives départementales, j'emploie ici un terme générique car à l'instar d'un collège ou d'une administration des impôts, la localisation différenciée n'entraîne guère de changements profonds dans le fonctionnement de la bête, les archives départementales donc obligent leur lecteur à déployer un tactique de survie des plus élaborées.

En premier lieu, avant de devenir lecteur, d'être reconnu comme un membre officiel du système, vous devez passer par le stade "emmerdeur qui arrive à 10h du matin, au moment de la pause café et réclame une place". Avec une vivacité surhumaine, il vous sera demandé alors de déclarer votre identité, puis de la prouver (eh oui, on ne va pas faire confiance à vos beaux yeux) à l'aide d'une carte d'identité (si vous présentez un passeport, gare, vous risquez la reconduite à la porte des archives). Attention, l'étape suivante est particulièrement délicate. Le responsable de l'accueil risque de vous interroger sur l'objet de vos recherches... si vous souhaitez passer inaperçu (auprès du personnel de la salle de lecture), une seule réponse est admise: "GENEALOGIE". Soyez dès lors certain qu'aucun ne tentera de question. Cette tactique recèle néanmoins une faille, en vous découvrant ainsi sur votre flanc droit (les gens derrière la banque de prêt), vous laissez votre flanc gauche à nu et c'est par là que le généalogiste attaque.

Le généalogiste appartient à une espèce encore peu représentée au début du siècle mais qui a tendu à se déployer sur la surface de la terre à la vitesse de propagation d'un virus informatique pendant les vingt dernières années. Le généalogiste peut être de sexe masculin ou féminin, sachez, jeunes gens, que les généalogistes femmes sont, dans l'ensemble, moins dangereuses. Elles se contenteront de venir vous demander de déchiffrer un acte notarié du XVe siècle écrit avec un os de cochon atteint d'ostéoporose et de l'encre sympathiquement baveuse. Vous pouvez dans ce cas tenter une lecture (attention, si vous les aidez une fois, elles reviendront ensuite) ou orienter votre aimable co-généalogiste (souvenez-vous, vous aussi, vous faites partie du club, officiellement) vers le GDA (gentil directeur des archives) qui est censé être archiviste-paléographe.  

Le généalogiste homme en revanche est souvent un représentant du cercle très fermé des 4V. Mais qui sont ces 4V? demandez-vous avec la feinte surprise d'une potiche de téléachat. Les 4V sont les Vieillards Vineux, Vicieux et Variqueux. Je tiens donc à vous mettre prestement en garde. Mesdemoiselles qui lisez ce blog (et ne croyez pas, Messieurs, vous pouvez être tout aussi concernés), ne vous approchez jamais, quoi qu'il arrive, même en cas d'attaque nucléaire ou d'emballement d'un lecteur de microfilms, d'un 4V. Votre santé mentale et la santé des archives que vous consultez en dépendent. En effet, le 4V choisit soigneusement sa victime, vers qui il se dirige lentement en grattant les croûtes purulantes qui sifflent sur sa tête. Arrivé à sa hauteur, il se penche et avant d'articuler un pénible "bonjour mademoiselle", vous souffle les bouches de l'enfer dans le visage tout en bavant dans votre décolleté (je vous rappelle que nous sommes en été et donc vous portez des décolletés pour tenter vainement de séduire le vacataire de service). Si la bave tombait par malheur sur le document que vous lisez, il serait perdu à jamais!

Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire... Fuyez loin des archives départementales! 

10.07.2007

Horto Graf

En prenant dernièrement sur le pied un volume des MGH (Monumenta Historiae Germaniae pour ceux qui les confondraient avec une version teutonique de FHM), j'ai découvert l'histoire passionnant du comte (Graf) Horto et je ne résiste pas à l'envie de vous conter ses aventures.

Le comte Horto naquit en Basse-Saxe quelques années après le début du règne de Pépin le Bref. Son nom m'a, je dois l'avouer, laissée un temps quelque peu sceptique. Comment les parents d'un adorable petit Saxon eurent-ils l'idée saugrenue de le baptiser Horto, nom aux résonances plus floristiques que germaniques? Plusieurs hypothèses peuvent être avancées et je mets au défi (fabrication de tarte poires-chocolat sans oeuf en moins d'une heure) quiconque d'en préférer une à ses soeurs. Convoquons en premier lieu au tribunal de l'histoire le moine copiste.

Ex-cursus: le moine copiste est une figure joyeuse et colorée de l'histoire médiévale d'Europe occidentale. Généralement fort gras et fort vineux, il cultive un don rare pour la transformation naturelle et systématique de manuscrits. Le moine copiste étant d'un naturel facétieux, il aime à parsemer son travail d'allusions grivoises, de contrepèteries fines malheureusement fort obscures de nos jours. Dieu prenne son âme en pitié pendant ses RTT, le moine copiste est une victime de la non-invention de la machine à écrire au XIIe siècle et de la grippe aviaire (oui, à cause des plumes, il faut vraiment tout vous expliquer). Ses fantaisies relèveraient aujourd'hui de la médecine du travail.

Le moine copiste appelé à la barre se nomme Windefrud. Il a eu lui aussi le malheur de naître en Basse-Saxe quelques siècles après le petit Horto. Est-il coupable? Le jury anticlérical tendrait à répondre par l'affirmative en clouant au pilori le pauvre clunisien pour modification intempestive d'un banal Otto en un surprenant Horto. Un doute subsiste néanmoins. Ouvrez votre coeur quelques instants, posez sur Windefrud un oeil compatissant et vous verrez en lui la victime désespérement sobre du climat bas-saxon. Bien à plaindre le moine qui ne jure (en cachette) que par l'élixir bordelais et qui naît aussi loin de son Eldorado. Impossible de trancher donc, passons à l'hypothèse suivante.

La maman du petit Graf, elle même dite Dame la Grafette, répondait, entre deux peaux d'ours et à son époux le Graf père uniquement, au doux prénom de Burgundofara. Elle aimait le jardinage. Comment le sais-je? L'archéologie qui fait des miracles a mis au jour sur le site du palais où naquit Horto une planche où étaient encore gravés ces mots: "Rémiss à outils dé chardin de la Grafette". Si après ça, vous continuez à douter de cette passion horticole, je renonce à vous prêcher la suite. Découvrant un matin son fils dans un chou, elle pria son mari de le nommer Horto car ils étaient tous deux latinistes et qu'ils rêvaient de voir leur héritier inventer un jour le souverain remède contre les doryphores. Cette hypothèse me plaît bien.

Le petit Horto grandit en forces et en intelligence (comme tous les héros de contes de fée). Il séduisit nombre des filles de ses voisins, n'en épousa aucune et arriva finalement à la cour de Charlemagne (car Pépin était mort entre temps et que Carloman s'était étranglé avec un bretzel) pour apprendre la mort de son père. De ce jour, il devint Horto le Graf, joua de la flûte à Perpignan (ce qui lui réussit plus que le cor à Roncevaux), renouvela les vergers d'Aix-la-Chapelle et passa à la postérité sous le nom d'Horto Graf ainsi que nous l'apprend ledit volume des MGH qui trucida ignominieusement mon quatrième orteil droit. 

Pourquoi vous raconter tout ça? Je reconnais qu'au premier abord, cette histoire n'a rien d'exaltant. Je n'y aurais moi-même pas prêté attention si je n'avais découvert dans les mêmes intervalles que certaines personnes rendent aujourd'hui un culte diabolique à ce pauvre homme. Armés d'un crayon mais plus souvent d'un stylo et souvent même désormais d'un clavier, ces fidèles dénaturés procèdent à de véritables messes noires hortografiques, à en faire frémir Windefrud avec 12 grammes d'alcool dans le sang. Leur liturgie étrange consiste en une série aléatoire de lettres et de chiffres qu'ils baptisent "langue âge sms". Je n'ai osé m'approcher trop de ces illuminés par crainte d'une réaction dangereuse, mais je vous mets en garde... ils sont partout! 

16.04.2007

"C'est le plus grand des voleurs... oui mais c'est un gentleman"

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Aujourd'hui, petite leçon de malhonnêteté.

"Comment ça! Elle écrit encore, elle, elle était pas censée passer un concours aux dernières nouvelles!" Arrêtez de jouer les rabat-joie, promis, demain je m'y mets, 7h de suite, une dissert de 12 à 16 pages, une ampoule à la première phalange de l'annulaire droit et une extinction de voix post-épreuve. Et comme je suis joyeuse et enthousiaste, je recommence mercredi, jeudi et vendredi à la même sauce (avec une séance dessin vendredi ou comment faire une carte de France qui ressemble pas à la Tanzanie). Pour l'instant, j'aère mes neurones, ce qui vous vaut cette note.

Que l'esprit de la diplomatique soit sur vous, je vais vous révéler tous les secrets qui vous permettront de devenir un bon faussaire.

"De la fausse monnaie, de la fausse monnaie, chouette! Enfin une note utile sur ce blog!"

Rêvez pas, bande de chacaux, j'ai pas dit que j'avais découvert le génome de la planche à billets (j'y travaille cependant). Mon objectif est plus contourné, moins direct, faire de vous de parfaits moines copistes du XIIIe siècle afin de gagner des fortunes à la prochaine vente de manuscrits médiévaux chez Christie's.

"Rien que ça?" Mieux que ça... En plus de dévoiler à la face du monde éblouie un document inédit que vous céderez pour un prix "conséquent mais juste" à la BnF peut-être mais plus sûrement à la Library of Congress (eh oui, le monde est injuste et le budget de BnF est étique), vous pourrez doublez la mise (sur un plan moral cette fois) en devenant le spécialiste international de ce manuscrit et en vous faisant inviter dans tous les congrés internationaux d'histoire médiévale (champagne et petits fours gratis, sur ce point je vous recommande la société d'histoire des Plantagenêts). Je vois d'ici vos yeux vénaux luire de convoitise, j'en viens donc au plat de résistance.

Fabriquer un faux exige de nos jours beaucoup plus de travail qu'il n'en fallait à un moine copiste du XIIIe pour torcher un original. Pour vous plonger dans l'ambiance, je vous suggère d'adopter un nom qui fasse d'époque (cf les commentaires d'une précédente note: Siegfried ou Wandrille pour les garçons, Himiltrude ou Fanette pour les filles). Plusieurs problèmes se posent que nous allons résoudre avec ordre et rigueur.

Le support: non, pas la table sur laquelle vous écrivez, mais le papier sur lequel vous écrivez... Le premier piège est évidemment le papier justement, notre objectif étant de produire un bel original du XIIIe, il nous faut du parchemin, du beau, du vrai, du cochon! ... ou de la chèvre mais comme j'aime les chèvres, ce sera du cochon. Si vous vivez en Bretagne, la tâche est aisée, vous subtilisez discrètement un cochon dans un élevage hors sol (ce qui vous évite de le laver vu qu'il ne patouille pas dans la bouillasse toute la journée), vous l'épilez, et... Bon, vous faites faire le sale boulot par quelqu'un d'autre et vous récupérez un sublime parchemin double face (comme le scotch). Avec le reste du cochon, vous pouvez faire des terrines et des rillettes. Si vous ne vivez pas en Bretagne, vous vous débrouillez, je ne peux pas non plus prévoir tous les cas de figure.

L'instrument: une fois que vous avez le cochon, il appert qu'il vous manque un élément essentiel... l'oie! Vous déménagez donc de Bretagne en Quercy et là, point de charcuterie-tripaillerie à affronter, il vous suffit de piquer une plume à la bête. Sachez cependant qu'une oie est un animal féroce, qui défendra chèrement sa plume. Il est évident que je décline toute responsabilité pour les yeux crevés, les culs pincés ou les lèvres fendues.

L'écriture: c'est là que ça se corse, pour bien faire, faudrait prendre des cours de paléographie appliquée ou alors renoncer à fabriquer un manuscrit pour proposer une édition de vrai-faux manuscrit (ce qui rapporte beaucoup moins). L'une des meilleures solutions serait de pouvoir expliquer dans le corps du manuscrit que vous êtes un pauvre moine atteint de parkinsonite aiguë (si l'expert est très mauvais en latin, très myope ou gâteux, ça peut passer).

La langue: surtout pas de français! Du latin bien sûr mais le nec plus ultra, du latin farci (avec plein de mots d'occitan à l'intérieur) ce qui vous donne des excuses pour faire des fautes dans les deux langues. Vous ne parlez pas latin ni occitan, qu'à cela ne tienne, il y a des milliers de khâgneux qui ne demandent qu'à se faire de l'argent de poche avec un peu de thème et des dizaines de papys gascons qui rêvent qu'on vienne les enregistrer (dépêchez vous quand même, c'est une espèce en voie de disparition). 

(Là, je vous entends commencer à râler, des voyages en Bretagne, dans le Quercy, des pots de vin aux khâgneux, ça fait pas un peu cher? Pensez à la vente chez Christie's...)

L'histoire: vous pouvez vous lâchez dans quelques limites malgré tout. Si ça doit se passer au XIIIe et que votre principal protagoniste s'appelle Théodulfe, ça risque de paraître suspect. Dans ma grande mansuétude, je peux vous aider à trouver une intrigue. Que pensez-vous de Jehan, paysan du lieu-dit La Souche, dans la châtellenie de Beaulieu, vendant une vache à son voisin Pierre, le tout consigné par un notaire appelé Jehan et copié par un moine anonyme dans le cartulaire perdu d'une abbaye détruite?

"Mais qui ça peut intéresser l'histoire d'un pécore qui vend sa vache à un autre pécore?" Pour être honnête, personne, mais trouvez-en donc des idées, vous! Jamais contents ces lecteurs...

29.03.2007

Grand jeu concours

Oyez, oyez bonnes gens, le blog Post-Scriptum succombe à la mode actuelle des grands jeux concours. Ainsi, j'en appelle à votre sagacité, votre esprit brillant et délié, votre sadisme naturel pour....

.... me proposer une idée de sujet de dissertation!

Le programme portant sur l'Afrique et l'Amérique à l'époque moderne (vues à travers les regards européens, faudrait pas rêver sur l'ouverture d'esprit de la maison...), j'attends avec une impatience non dissimulée vos propositions!

Comme pour tout jeu, un premier prix sera attribué à celle ou celui (un peu de féminisme dans l'ordre de présentation n'a jamais fait de mal à personne) qui aura l'idée la plus originale. Et ce premier prix sera (tarataratarataratatata) ma reconnaissance éternelle et la haine tout aussi éternelle de mes élèves! (je sens que ça va vous motiver) En fonction de l'élasticité de mon voeu claustral (et après le 20 avril), on pourra rajouter un chocolat à la pâtisserie viennoise parce qu'il est vraiment temps que je la découvre.

22.12.2006

Métaphysique de l'index

Ah l'index, ses joies, ses surprises, ses enthousiasmes!

Arrêtez de regarder vos mains, ce n'est pas d'eux que je parle. Ni du droit, ni du gauche, ni même de leurs cousins d'en bas, ces petites saucisses de chair rose et renflée. Pourtant ils nous servent nos index, à tenir un archet, à poser un deuxième doigt sur la touche, à atteindre le fond du pot de yaourt et à signifier avec le sourire à l'automobiliste qui vient de nous couper la priorité qu'une visite chez le proctologue serait indiquée... Bienfaisants index qui manqueraient à l'équilibre de nos menottes, à cette heureuse gradation qui dessine une pyramide en deux dimensions.

L'index dont je parle est moins tactile, il n'identifiera jamais que l'ouvrage qu'il achève, mais ses arcanes sont aussi subtiles que les circonvolutions de nos empreintes digitales. L'index, peut-être devrais-je dire le montreur, l'indiqueur, est le sycophante glaireux du mot dans le texte, le google artisanal de l'historien, et comme le moteur de recherche sus-cité, l'index se révèle bien vite, trop vite, un guide indispensable pour s'orienter dans la touffeur du texte, ses méandres, sa moiteur tropicale.

Doucement, l'index s'impose à vous, il vous sourit du fond de l'ouvrage d'un oeil coquin qui encourage à la paresse. Pensum "incontournable" clament les directeurs de thèse, énumération lénifiante et déculpabilisante dirais-je...

Imaginez-vous devant un pavé, au hasard, Les guerriers de Dieu, 1500 pages de violence sacrée et de débats sanguinolants entre catholiques et protestants, observez avec désespoir ces 20 cm de hauteur de papier et ouvrez-le. Ne rêvez pas, vous n'êtes pas dans L'histoire sans fin ou Harry Potter, le livre ne vous propulsera pas dans un univers étrange et poétique, vous n'y croiserez nul géant (Denis Crouzet est petit, et Anibal de Coconas n'est grand que chez Dumas), il ne vous empoignera pas dans une étreinte passionnée qui ne vous le fera lâcher que pâle et pantelant. Le livre ne dira rien, il restera là, morne, gros et impénétrable (comme les voies du seigneur et les forêts vosgiennes après la tempête). Deux choix s'offrent à vous, car le monde est séparé en deux catégories: ceux qui referment l'ouvrage et ceux qui foncent à l'index.

Eurêka! Il est là, le divin enfant, l'accouchement fut rude, car word n'indexait pas automatiquement à l'époque de Denis Crouzet (vous pensez, avant l'Edit de Nantes et les strings à paillettes!), mais le bébé est beau, rose et long. Voici la clé de votre ballade fainéante, voici le chemin de votre marelle à travers les pages. L'index vous autorise à ne pas lire, à piocher sans vergogne tel l'aigle au foie de Prométhée. L'index est un baume sur votre conscience.

Quelle conclusion en tirer? Aucune bien sûr, hormis que le pensum m'attend mais que je me console en imaginant qu'il dispensera mes lecteurs potentiels de me lire. 

 

20.10.2006

Apologie de la note de bas de page

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La note de bas de page, cette petite chose insignifiante, est une délaissée de l'expérience littéraire. Serait-ce une obsession qui m'assaille? D'où me vient cette volonté enragée de défendre ainsi cette parole annexe, ce métadiscours que sont le post-scriptum et la note de bas de page? Déformation amicale pour le premier, je l'ai dit, déformation professionnelle pour la seconde, je l'avoue.

La note de bas de page est un instant volé à l'attention du lecteur. Elle attire doucement le regard par son petit appel délicatement numérique ou alphabétique. Quel plaisir de suspendre le cours du temps pour plonger dans les tréfonds de l'espace écrit, pour quitter la monotone continuité du récit au profit d'une petite variation... En observant aujourd'hui une de mes partitions (formule prétentieuse qui ne désigne qu'une propriété matérielle et non artistique) je remarquai la ressemblance frappante entre la petite note, suscrite et barrée (ô drame, ô désespoir!) qui enjolive une valeur longue et la note de bas de page. Au-delà de l'homonymie dont je me refuse à tirer une conclusion philologique de mauvais aloi, ces deux notes sont des victimes sacrifiées sur l'autel d'une cohérence, celle de la ligne mélodique d'une part, celle de la pensée de l'autre. 

La note de bas de page est superflue, inutile, à l'instar de l'adjectif épithète, de la proposition relative, de la cerise sur le gâteau et du maquillage, à l'instar de tout ce qui rend la vie plus douce, moins linéaire et si fantaisiste.

"Quelle exagération!" "Cette jeune fille n'a plus toute sa raison!" "Mais qui, de nos jours, lit les notes de bas de page! je vous le demande!" Mes oreilles sifflent, j'entends d'ici les rires (polis ou pantagruéliques) qui éreintent sans pitié ma pauvre protégée.

Il faut reconnaître qu'elle doit affronter bien des préjugés. Erudite! La sanction tombe tel un couperet. J'en ai pourtant fréquentées de fort serviables qui m'indiquaient joyeusement où porter mes pas de chercheuse débutante, me portaient jusqu'au seuil d'accueillantes archives ou de sympathiques références bibliographiques. Evidemment, à devoir affronter la haine acharnée de leurs mortels ennemis, j'ai nommé les éditeurs, les notes de bas de page ont parfois réagi par l'excès, enflant, grenouilles bouffies de développements digressifs, jusqu'à envahir la page entière dans un élan revanchard. Elles ont alors perdu cette bataille et se sont vues repoussées aux confins de l'ouvrage. Perdant leur essence même, de notes de bas de page, elles sont devenues notes, écorchées vives.

Rendons à ces orphelines le respect dû à leur rigueur vigilante et éclairante. La note de bas de page nous sourit de son refuge, tel un souffleur de sa trappe, lisons la.  

07.10.2006

Philosophie du post-scriptum

Depuis quelques semaines, je découvre avec étonnement et curiosité le monde des blogs. Perplexité et amusement. J'ai "surfé" de l'un à l'autre au petit bonheur la chance pour observer de quelle chair étaients faits tous ces systèmes, ces petits mondes. Le mystère reste entier.

J'y ai rencontré nombre de Bridget Jones, entraînées dans un élan diaristique tourbillonnant, jouant sur des codes stricts (style semi-relâché, détachement journalistique, épanchement soigneusement calculé) et brodant (au point de croix) sur des thèmes rebattus (les mecs, le poids, les mecs, les copines). J'y ai aussi croisé des critiques en herbe, passionnés et lyriques, aux choix parfois à l'emporte-pièce mais qui ont l'immense avantage de ne pas encore monter en graine comme certains de leurs collègues professionnels.

Quelle place prendre au sein de ce concert discordant et atonal de la blogosphère, peuplée de bloggers (terme étrange qui pourrait s'appliquer aux joueurs d'un sport nouveau et inconnu), et de trolls (oui, tout droit sortis de Tolkien ou de J.K. Rowlings) qu'il faut, semble-t-il, fuir comme la peste? Aucune sans doute. Et pourtant, ce blog est là. 

Les post-scripta (soyons pédante et latiniste) me manquent. Certains en particulier qui furent en d'autres temps un code amical autant que l'occasion de remplir le blanc d'un fond de page, lorsque la lettre peine à perpétuer sa matière mais que l'idée de partir fait renaître l'envie d'écrire. Parler de philosophie du post-scriptum est exagéré mais c'est une forme d'exagération qui a présidé à la naissance de ce blog, il suffit donc de rester dans l'esprit pour en dégager la lettre.

Qu'est-ce qu'un PS? le moyen de réparer un oubli dans le style "passe prendre du pain à la boulangerie en rentrant" (pourquoi donc à la boulangerie? me direz-vous, n'est-ce pas l'endroit naturel où l'on passe prendre du pain...? parce que les tautologies sont aussi un des plaisirs de l'existence, je ne me lasserai jamais de monter en haut...). C'est fort juste, mais un peu court. Cyranisons donc sur cette excroissance épistolière. Le PS est aussi une note de bas de page, exercice érudit et formel qui procure néanmoins une joie certaine, celle de répéter, d'éclairer, d'approfondir ce qu'on n'a osé délayer dans le texte par crainte de ne plus être lue. Post-it, note de bas de page, réduire à cela l'exquise nature du post-scriptum serait le mésestimer.

Le post-scriptum est un sourire, une main tendue à travers la page ou à travers la toile. Le post-scriptum est lieu de fantaisie, d'improvisation, comme une cadence musicale. Il est aussi codicille, Georges Brassens l'a bien dit. Comment confier au corps sérieux d'une lettre ou d'un acte l'élégante et malicieuse supplique pour être enterré sur la plage de Sète? Le post-scriptum, c'est la récréation de l'épistolier, le moment où la cravate se desserre, où le chemisier s'entrouvre et où les cheveux se dénouent. 

Au bout du compte, le post-scriptum est le seul lieu où l'on peut décemment dire à quelqu'un qu'on l'aime sans galvauder cet aveu qui se doit d'être murmuré plutôt que déclamé, glissé subrepticement à l'oreille plutôt que peint sur les murs de la ville. Chacun des miens est une petite déclaration. 

PS: à quiconque lira ces lignes,...

PPS: ...je ne saurais dire pourquoi elles furent écrites.