25.03.2008
En rouge et noir
Faire des critiques de livres n'est pas ma tasse de thé, elles sont rares en ces lieux pour plusieurs raisons.
D'autres s'en chargent bien mieux que moi.
Je suis fainéante.
Je préfère offrir ceux que j'ai aimés plutôt que les commenter, comme je l'expliquai jadis à mon professeur de français.
Pourtant, une fois n'est pas coutume, l'envie me prend de parler d'un livre arrivé dans ma boîte aux lettres voici quelques semaines.
C'est un livre d'images, expression enfantine qui lui sied à ravir, même s'il n'a rien de puéril. C'est même un livre de gravures. Votre oreille se lève? Oui, il est bien possible que les heures passées en histoire du livre soient un peu coupables dans cette affaire... et une certaine visite à l'IFROA où un charmant Yougoslave nous expliqua longuement les techniques, sur bois, à l'eau forte et autres joyeusetés. Toujours est-il qu'un livre de gravures sur bois ne pouvait que m'attirer l'oeil et le coeur. Vous vous rendez compte? Comme les illustrations des lettres de Christophe Colomb qui firent le tour d'Europe à son retour des Antilles! Comme celles des Lettere de Vespucci qui firent le tour d'Europe à son retour de... (euh, on ne sait pas s'il était parti, remarquez...)!
J'imaginai romantiquement l'auteur penché sur ses bois, souffrant comme un luthier pour en tirer le bon trait, la bonne courbe, pour éveiller l'oeil des fibres et les faire battre en creux et pleins. J'imaginai un Bernard Palissy gravant chaises et buffet pour voir se gonfler la mer et claquer les voiles. J'imaginai, et ça suffisait à espérer que ces bois viendraient amoureusement presser le papier pour jouer du violoncelle aux relents d'écorces.
C'est un livre de pirates, de marins. Votre sourire est entendu... Oui, il est bien probable que les heures passées à raconter Barbe Noire à mes petits soient fort coupables dans cette affaire...
C'est une histoire de mer, de famille, de solitude et de conscience à ne pas construire.
L'auteur a encore un toit sur la tête, il ne s'appelle pas Bernard et s'est même photographié dans un fauteuil pour présenter son livre, preuve qu'il n'a pas sacrifié son mobilier à la fureur de l'art. Il reste que s'il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez juste un peu sous l'étoile! Alors, si un livre vient à vous, s'il se tait, s'il a des Pages Noires, ... écrivez moi vite que vous l'avez lu.
20:44 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : les pages noires, wandrille leroy, bande dessinée
28.01.2008
Image ô mon image, ne veux-tu rien me dire?
Deuxième note en deux jours: tempête de neige annoncée sur la côte d'Azur.
Ces prévisions météorologiques posées, je peux entamer le sujet qui m'amène en ces lieux à une heure où la décence voudrait que je rédige un bel article ou que je transcrive un beau projet de cours d'accouchement du XVIIIe siècle. Il y a peu, un an, à peine deux, j'ai découvert la bande dessinée. Fort tard à vos yeux sûrement, à l'heure aux miens puisqu'il n'est pas d'âge pour apprendre, et que les dates de péremption humaines s'allongent chaque jour.
"Elle enjolive, elle connaissait sûrement..."
Bien entendu, j'enjolive, j'exagère et je déforme. J'avais eu entre mes menottes quelques albums dans mes jeunes années. Il fut même un temps où chacun de mes réveils voyait apparaître une nouvelle aventure d'Astérix sur le bord de mon lit. J'ai appris à retenir ma respiration comme Pepe, j'ai eu envie de manger de la fondue au bord du lac Léman, j'ai enfin retenu quelques formules latines que j'eus à traduire par la suite (ô tempora, ô mores, quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra!). Mais foin de la téléologie, revenons à nos moutonssss. Une période Hergé suivit et Le Nid des marsupilamis trône dans ma bibliothèque d'enfant (que les mauvaises langues se rassurent, je n'attribue pas au premier le second).
Pourtant, je restais perplexe devant la bande dessinée. Le découpage strict de l'espace en cases oppressantes me gênait, je ne savais pas regarder le dessin et restais hermétique aux mystères et au charme du huitième art. Imaginez la part de honte à avouer, lors que le chapeau de sainte Catherine s'approche dangereusement de votre chef, que vous n'y connaissez rien, que les séries encensées de tous ne vous évoquent qu'une vaste néant bulleux où je n'osais plonger. Il fallut une main pour m'accompagner entre ces pages, un Virgile bienveillant et bourru, qui déposait chez moi, sur le coin de mon bureau, accompagnés d'un "tiens, de la lecture", le hasard de ses choix. Hasard? Sans doute pas... Garulfo y a croisé le Chat du Rabbin. Entre gens de bonne compagnie, ils se sont bien entendus sous mes yeux. Evidemment, je suis tombée amoureuse d'un petit lapin blanc trop mignon pour être passé à la planche, on pouvait s'y attendre.
D'autres bd sont venues grossir le flot, Le Retour à la terre, malicieusement offert par des amis, a même justifié mes échappées provinciales. Cependant, mon oeil continue à se rebeller contre les marges, les cases, la discipline traditionnelle de l'image emprisonnée. Il continue de lorgner avec envie et admiration vers les livres pour enfants: je fonds devant Ernest et Célestine, j'entends le râle des cordes du violoncelle trop fier du Luthier de Venise. Je me prends à rêver d'une histoire sans texte, qui me forcerait à lire le trait, la couleur et l'élan du dessin. Elle existe sûrement, elle a peut-être de nombreuses soeurs, cousines. Je pars à leur recherche, mais si vous la croisez, dites-moi vite qu'elle est tout près.
11:55 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, latin, astérix, hergé, sfar, de cape et de crocs, larcenet
10.12.2007
Seul avec ses cahiers
J'ai des fourmis dans les plats. Oh, pas littéralement bien sûr, mais j'ai la coiffe qui me démange et mon marque-page est de travers. Ce ne sont là que bien petits malheurs sans doute, mais si j'avais l'étoffe d'un dictionnaire, je ne les connaîtrais pas. Ma maman avait beau me raconter comme finissaient ces monstres de papier, leurs pages jaunies et leur couverture lamentablement pendante sur une reliure déchirée, je continue de les envier. Ils ne savent pas leur chance de sentir l'air entre leurs feuilles, d'être caressés par mille mains, de passer d'une étagère à un bureau pour séjourner sur le plan de travail de la cuisine avant de surélever les fesses rebondies d'un babillant bambin. Ils vivent eux, quand je dépéris, entre mes frères.
Pourtant tout avait si bien commencé, le matin où je suis sorti des presses. "Envoyez-moi ces cahiers au pliage!" avait ordonné le responsable de l'imprimerie. Et j'avais été plié, collé, coupé, bichonné comme un lévrier de compétition avant ma grande sortie sur le marché. Si vous les aviez entendus chuchoter dans mon dos, les calendriers de rugby, les papillons de papier recyclé, les agendas glacés, si utiles mais si périssables. J'avais l'éternité du livre devant moi, j'allais conquérir le monde! Même mon titre le proclamait, Homo viator, je portais entre mes lignes l'essence du voyage, la magie originelle de l'odyssée...
Résultat, je suis coincé entre le numéro 375 et 377 de la collection, sur l'étagère 07124, au premier étage de la mezzanine, elle-même au premier étage de l'école-bibliothèque qui m'a acheté. C'est dire si je suis simple à trouver... C'est dire surtout si j'en ai vu du pays, de ma caisse initiale à mon paquet poste pour atterrir dans ce réduit où le monde m'a oubli, moi qui rêvais de le sillonner. Un marin aurait pu m'emporter dans ses bagages, me faire connaître les remous, les embruns, le café renversé au petit matin d'une vague farceuse. Un routard aurait pu m'offrir le bonheur des fonds de sacs à dos, l'aube du petit matin sur le parvis du Duomo de Florence, le maquillage indélébile d'une tache de goulash. Rien. Juste une place aussi large que celle qu'on réserve en batterie aux poussins industriels alors que j'aimerais bien battre des ais. A dix-sept heures, c'est le vide, les bureaux vomissent leurs occupants et la mezzanine plonge dans le noir, ou presque. La lumière s'infiltre en cachette, par les fenêtres qui boivent avidemment les rayons de la rue, par les enseignes "sortie de secours" qui jettent leur chlorophylle pâle à chaque tournant d'escalier. De mon coin, point de lueur verte, à peine un orange défaillant qui monte des réverbères.
Hier pourtant quelqu'un est venu. Elle n'a pas allumé la lumière dans la pièce en contrebas, elle a monté doucement les escaliers, intimidée de tout ce sombre. J'écoutais de toutes mes virgules, de tous mes points. En haut des marches, elle a tourné à droite, avec des pas hésitants, syncopés, et elle est venue jusqu'à moi. Elle est venue pour moi. Ma coiffe a frémi quand elle l'a délicatement effleurée, mes pages ont tremblé de s'épanouir sous ses doigts, j'ai eu envie de faire craquer ma reliure de bonheur.
Le silence était épais et tiède. La nuit se faisait complice de notre tête-à-tête improbable, moi, le livre oublié, elle, la clandestine effacée, des mains et quelques pages prêts à se fondre pour quelques heures ou quelques millénaires dans la poussière de la mezzanine, jusqu'à ce qu'elle me repose, qu'elle m'emprisonne derechef dans ma gangue de livres.
PS: hommage à un ouvrage que je n'ai pas lu, Homo viator: itineraries of exile, displacement and writing in Renaissance Europe de Georges Hugo Tucker, Genève, Droz, 2003.
20:21 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bibliothèque, livre, homo viator
07.12.2007
Ouuuuiiiiinnnn!
Il est né. Il pèse 1,934 kg. Il est très sage et ouvre de grandes pages sur tout ce qui l'entoure. Je l'ai tenu entre mes bras pour la première fois ce matin et je réalise encore à peine qu'il est de moi.
Il parle de naissance et je le baptise demain.
MON PREMIER LIVRE!
12:35 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
03.10.2007
Baladi, baladou, balada
Oyez, oyez, bonnes et mauvaises gens!
Depuis longtemps, je promets de parler de nouveau et ce soir, de retour du grand nord froid et venteux, j'ai décidé de vous livrer une parcelle de vérité qui transformera définitivement et sans retour (au cas où vous auriez pas compris avec définitivement) votre existence.
(roulement de tambour)
(reroulement de tambour)
Les secrétaires de préfecture du XIXe siècle écrivaient comme des porcs.
C'est tout? Ben oui, vous n'attendiez tout de même pas que je vous révèle le secret de la création de l'univers ou la couleur des sous-vêtements de Marie le jour où elle a rencontré Joseph... Franchement... L'écriture suesque desdits secrétaires de préfecture, je l'ai redécouverte aujourd'hui, sagement scotchée à la chaise de la salle de lecture des AD d'un département que je ne nommerai pas pour préserver sa vie privée. Je ne vous parlerai pas pendant trois heures de ce lieu, sinon pour dire qu'il y manque l'essentiel...
"Vous".
Eh, oh! Revenez sur terre, on n'est pas dans un concert de Céline Dion ici... Non, ce qui manque dans ces AD, c'est une simple machine à café, vide cruel pour une buveuse de chocolat comme moi. Enfin, ils ont des petites fiches pour demander les documents et des assistants de conservation sexy donc on leur pardonne.
Pourquoi est ce que je vous parle de tout ça? Parce que j'ai entrepris un marathon qui m'effraie un peu et que je me psychothérapise en vous le racontant. C'est à ça que servent les blogs des gens souvent, alors, je décide de faire un peu comme tout le monde, na.
Avec mon bâton de pélerin, ma coquille de Saint-Jacques, une pomme et mon ordinateur, je pars. Je vous aime mais je pars... faire le tour de France en train. Pas en vélo? Non, pour la bonne et simple raison que j'ai un double contentieux ancien avec le vélo et le Tour de France (mais ça ne se raconte pas en public ces choses-là, ma bonne dame)... Le jour où vous me croiserez sur un vélib', vous pourrez de ce fait demander l'internement psychiatrique de force sans une once de mauvaise conscience.
Pourquoi un tour de France? demandez-vous, et si vous ne le faites pas, c'est pareil, je me permets de penser et d'écrire à votre place. Parce que j'ai eu l'idée saugrenue d'accepter le projet insensé d'un mien directeur de thèse qui a souhaité que j'étendisse mon sujet (que vous ne connaissez officiellement toujours pas) à l'ensemble de notre charmant hexagone. Il est subséquemment écrit que je mourrai d'épuisement au terme de deux longues années de dépouillements acharnés aux six coins du territoire (et au milieu aussi).
De tout cela, que restera-t-il? Un livre mes amis! Un beau livre, écrit avant ce périple, cette odyssée, un livre qui risque fort de naître dans les prochaines semaines (quand l'imprimeur se sera réveillé de son sommeil centenaire mais il n'est pas suffisamment beau pour que je me dévoue et que j'aille l'embrasser). Certaines personnes font des articles à partir de leur thèse. Moi j'ai fait un livre. C'est un mauvais calcul, car un article prend au minimum deux lignes dans un curriculum vitae, tandis qu'une monographie n'en prend qu'une.
De désespoir devant cette ultime constatation, j'envisage d'aller nourrir les poissons de la Corrèze... pour me sauver, une seule solution! (le premier qui propose "tapez 1" risque la roue, le fouet, la marmite d'huile de colza bouillante et l'écartèlement) Me proposer des formules de dédicaces variées, subtiles et spirituelles!
A vos claviers...
PS: vous pouvez même rédiger la dédicace dont vous avez envie, je me ferai un plaisir de vous la recopier!
22:40 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : tour de france, archives départementales, publication, thèse, sages-femmes, corrèze
12.08.2007
Là où le blanc devient noir
Lorsqu'on feuillette les brochures des agences de voyage (oui, ça arrive encore aux fanatiques du papier qui rêvassent des heures devant les photos stéréotypées de ce genre de littérature plutôt que de se crever les yeux sur internet), juste avant d'arriver sur les terres italiennes, on croise un petit pays blanc. L'Islande est réputée pour ses glaciers, ses fjords et ses chanteuses aux goûts vestimentaires exotiques. Je suis certaine que si vous fermez les yeux, très fort, en serrant les paupières jusqu'à ce qu'elles prennent feu... euh, je me trompe de livre. Reprenons, fermez les yeux, disais-je, mais pas trop longtemps car vous ne sauriez jamais où je veux en venir, et imaginez l'Islande.
...
Que voyez-vous? Du blanc! J'en étais sûre. Vous voyez du blanc, de la neige, de la glace, un peu de bleu car il faut bien laisser de la place aux fjords, vous voyez aussi des serres si vous êtes contrariants et que vous avez fait trop de géographie des productions agricoles mondiales. Il y a quelques mois, je suis entrée dans ma librairie préférée, celle où je vais quand je ne sais pas ce dont j'ai envie, mais qui remplit mes étagères au grand désespoir de leur solidité depuis ma plus tendre enfance. J'en suis ressortie avec un livre islandais et alors que je revenais chez moi avec ce petit bloc de pages sur le siège passager, j'ai pensé blanc.
Arnaldur Indridason m'a répondu noir. L'opposition chromatique est simpliste, je le reconnais, et ne rend pas justice à cet auteur. Disons qu'une fois refermé le roman, c'est l'atmosphère profondément sombre qui prime, comme un brouillard venu endeuiller les scintillantes visions de plaines englacées.
"Mais La Voix est un polar!, me répondrez-vous, tu ne t'attendais tout de même pas à Oui-Oui au pays des neiges, tout de même?" Non, mais si les romans noirs se contentaient t'attendre la nuit pour se dérouler, ils porteraient bien pauvrement leur nom.
Le noir d'Indridason est en réalité un gris mouvant, tirant par instants sur le marron. Il colle aux doigts, aux yeux, il englue l'esprit dans le récit, sans fulgurance, et l'on chemine aussi péniblement que le personnage principal, Erlendur, sur la route du meurtre à comprendre. Que l'on ne se méprenne pas sur mes mots, c'est justement le talent d'Arnaldur Indridason que de nous faire chausser des bottes en caoutchouc pour patauger dans le marais de ces terres en dégel, qui suintent la mesquinerie, la violence et les silences d'une île trop petite pour que tout n'y prenne pas une intensité particulière.
La Voix, c'est un concierge mort dans une cave de grand hôtel, en costume de père Noël et encore paré du passeport anti MST pour le septième ciel, à ce détail près que le pauvre homme ne s'y est pas arrêté, prenant appui sur un poignard planté en plein coeur pour se propulser jusqu'à la droite du Père. De l'intrigue, je ne dirai rien de plus, z'avez qu'à lire, comme intimerait Miss Camille.
La Voix, comme La Cité des Jarres paru en 2000 (traduction française 2005), est plus qu'un roman policier, c'est un roman tout court qui sait émouvoir sans jamais tomber dans le pleurnichard. La société islandaise s'y étale avec pudeur, dans toute sa complexité et son insularité. Aux côtés d'Erlendur, on pénètre dans un monde où les noms de famille n'existent pas car la population est trop étroite pour le nécessiter, on découvre un héros ordinaire, qui n'éveille en nous guère de sympathie, mais hic non jacet lepus comme dirait l'autre, au contraire. Erlendur n'a rien d'un Adamsberg et cela lui sied parfaitement.
Parler du style est difficile lorsqu'on est en présence d'une traduction, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, je pense qu'il me suffira alors de dire qu'il m'a portée jusqu'à cette note, moi qui avais juré il y a peu qu'on ne m'y reprendrait pas avant la rentrée.
13:15 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01.06.2007
"J'traîne des pieds dans mon quartier"
Bon, Bruno exige, Bruno réclame, Bruno impose. Il paraît même que refuser serait typique de la "nana coincée du fond de la classe". Personnellement, j'ai toujours aimé les fonds de classe, on s'y trouve beaucoup mieux pour 1) discuter avec ses multiples voisins et voisines, 2) bouquiner tranquille, 3) jouer impunément à la belote.
Passons, je dois sacrifier à la mode des questionnaires et m'en vais donc vous apprendre diverses choses sur mes goûts littéraires qui ne vous intéresseront guère mais me donneront l'occasion d'une note à peu de frais en attendant le retour de mon courage. Attention, tétralogies galopantes et peu représentatives, mais la vie est ainsi ma bonne dame, il leur faut des podiums à ces petits jeunes, des top 10, quand notre grand âge nous enseigne que les vastes ensembles patatoïdes ont leur charme à défaut d'avoir une hiérarchie.
Les quatre livres de mon enfance/adolescence:
- Blanche-Neige (version livre adapté du dessin animé) parce que c'est le premier que j'ai déchiffré toute seule à 4 ans.
- La Gloire de mon père, parce que Marcel Pagnol et son fameux début "Je suis né sous le Garrrlaban courrrrrroné de chèvrrrres au temps des derrrrniers chevrrrrriers".
- Les aventures de William, dont j'ai oublié l'auteur, mais ce gamin accumulant connerie sur connerie a enchantée la petite fille sage comme une image que j'étais à 8 ans.
- Le comte de Monte-Cristo, car c'est un personnage détestable mais une histoire extraordinaire... d'ailleurs si un jour, quelqu'un veut m'aider à en faire une vraie adaptation cinématographique... (acteurs bruns et ténébreux recherchés).
Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore:
- En fait, je ne relis pas d'écrivains, je relis des oeuvres, alors j'ai envie de laisser discrètement de côté cette question en espérant que personne ne s'en apercevra.
Les quatre auteurs que je ne lirai probablement plus jamais (jamais devant s'entendre comme "avant un temps certain"):
- Richard Millet, ou alors en plein soleil par un été de rêve dans un paysage paradisiaque en compagnie de Georges Clooney et avec une assiette de baklava.
- Daniel Roche car il écrit vraiment trop mal, dorénavant j'irai l'écouter au collège de France
- Marc Lévy car je déteste engraisser les gens qui vivent à Notting Hill et pourrissent la littérature française.
- Michel Peyramaure car c'est Michel Peyramaure et je considère ça comme une raison suffisante.
- J'oubliais... Denis Tillinac pour des motifs précédemment exposés en ces lieux. Je sais, mon compte n'est pas bon mais nous ne jouons pas à des chiffres et des lettres... et je ne suis pas prof de maths...
Les quatre premiers livres de ma liste à lire:
- Ah, ah, trop facile... euh, en fait non. Bon commençons par les achats d'hier: Neige d'Orhan Pamuk, et La Voix d'Arnaldur Indridason.
- Lignes de faille, de Nancy Huston.
- Eldorado, de Laurent Gaudé.
- Les enfants des Limbes, de Jacques Gélis et quarante mille bouquins d'histoire supplémentaires que je renonce à intégrer dans cette liste.
Les quatre livres que j'emporterais sur une île déserte:
- L'Iliade, ce sera le plus sûr moyen de la lire enfin en entier, et en traduction cro-magnon par Victor Bérard je vous prie.
- L'Enéide, en latin, histoire de ne pas perdre des connaissances durement acquises.
- Les trois mousquetaires dédicacés par mon papa en septembre 1983.
- Le Capital, parce que quand même.
Les dernières lignes d'un de mes livres préférés:
Petite fille, je savais ça par coeur... "je ramassais une très grosse pierre que je lançais sur les planches pourries qui s'effondrèrent sur le passé. Il me sembla que je respirais mieux, que le mauvais sort était conjuré. Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches, il y avait une très jeune femme brune qui serrait sur son coeur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils". Tiens, d'ailleurs je le sais toujours par coeur...
PS: J'oubliais, ce genre de pensum doit se transmettre, je le confie donc à Camille et à Coincoin.
12:05 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
21.04.2007
Lui, le parfait, celui qu'on attend toutes
Parler de lui, c'est comme parler de mes grands amours, et comme je ne parlerai pas des seconds, je peux vous parler de lui. Je ne sais pas depuis combien de temps je le connais, toujours il me semble. Il fait partie de ces hommes que mon papa m'a présentés dans ma prime jeunesse. Parfaitement, mon papa m'a présenté des hommes quand j'étais petite et du beau monde, messieurs-dames, le comte de Monte-Cristo, Robin des Bois, Fanfan la Tulipe, Jeannot Lapin (on me soutient qu'il ne s'agit pas d'un homme, je reste sceptique... et Eusébe aussi serait un lapin?), et lui...
Lui, c'est le prénom le moins séduisant qui soit, le nom de la plus rustique des clochettes, et pourtant lui, c'est mon idéal masculin, celui qui manque à notre petit monde, que j'aimerais voir surgir prestement au détour d'une rue...
Lui, c'est Arsène Lupin.
Hum, murmurez-vous d'un air sombre, ça fait beaucoup de voleurs pour une éducation tout ça. Rengorgez vos leçons de morale, il est des gentlemen cambrioleurs qui ne volent que les coeurs qu'une main tremblante leur offre en ouvrant une de leurs aventures. Le mien lui est acquis aussi sûrement que les richesses de l'Aiguille creuse, que le secret de l'île de Sark, que les milliards cachés dans les coffres du banquier Angelmann.
Arsène Lupin, c'est l'amoralité séduisante, le vol rendu élégant, sympathique, la malhonnêteté pardonnée en une pirouette, sous un postiche, un jonc léger à la main. Sifflote Raoul d'Apignac, Horace Velmont, sifflote Luis Perenna... tu gardes dans ma mémoire les traits souriants de Georges Descrières.
"C'est le plus grand des voleurs... oui, mais c'est un gentleman"
Je ne suis sûrement pas seule à avoir encore en mémoire ce générique au dandysme suranné, l'hymne des monte-en-l'air distingués qui peuvent seuls naître sous la plume d'un auteur prêt à leur donner plus que sa vie... une vie, hors de lui, au point de m'être endormie enfant, avec la certitude heureuse qu'il veillait, quelque part, à portée de voix.
Maurice Leblanc a fait à la littérature le plus joli des cadeaux, il lui a offert un héros prêt à se survivre, le seul fleuron capable de rencontrer le sinistre Anglais, violoneux, cocaïnomane et tabagique. Mais il fume, Arsène! et fausse prude qui citiez Monte-Cristo, ce n'est pourtant pas de la pâte d'amande qu'il consomme auprès d'Haydée?! Evidemment... mais mon coeur est de mauvaise foi, et la montre d'Herlock entre les mains de Lupin est un de mes meilleurs souvenirs de lectrice crânement chauvine.
J'avoue mon incompétence à juger du style de l'auteur, sans doute est-il brillant puisque j'ai suivi pas à pas les enquêtes et les aventures de mon héros, je ne sais. Beaucoup plus sûrement ai-je suivi Lupin, maudissant Ganimard, bondissant à chaque blessure, chaque chausse-trappe tendu à cet ennemi public numéro 1 aux mains propres et à l'irrésistible passe-partout.
Mais au fond, il existe, bien plus que le père Noël ou Peter Pan, il n'attend qu'un moment propice pour se manifester et nous passionner, il me lit peut-être même, un petit sourire aux lèvres, plissant doucement les yeux et étirant ses bras minces et forts. Un mot, un souhait, un rien nous le rendra. Arsène... si bateau que cela puisse paraître... je vous aime.
21:22 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
24.02.2007
Ante-scripta
Ce n'est pas parce que ce blog s'appelle post-scriptum que je ne peux pas décider de varier la sauce, madère, américaine ou chasseur. Ce sera donc ante-scripta pour aujourd'hui, en hommage à l'impérissable chef d'oeuvre d'Amélie Nothomb, Antechrista.
Je suis extrêmement sérieuse en écrivant ces lignes. Il est temps, je pense, de reconnaître le talent indépassable de la dame au chapeau (à défaut de camélia), de frissonner au coeur de ses palpitantes intrigues, de se pâmer devant l'archée de son génie. Quel tricolon progressif comme dirait l'autre (oui, vous savez Alain L. G., presque une célébrité dans son genre)!
Revenons sur la rencontre qui a bouleversé mon existence. J'errais, telle une âme en peine perdue au milieu des limbes et sans repère dans le brouillard laiteux de ce monde intermédiaire où l'absence de damnation répond au refus de félicité éternelle et..., donc j'errais dans l'espace culturel Leclerc de ma douce ville natale. Qui n'a pas hanté ces moyennes surfaces de la culture où on trouve le dernier livre de recettes régionales trônant aux côtés du coffret collector d'OSS 117 et d'un seul et unique CD de Laurent Korcia? Il paraît, aux dires de braves qui ont porté leurs pas jusqu'au fond du magasin que les derniers rayons recèle des trésors de bidules informatiques, j'avoue n'avoir jamais traîné mes augustes cuisses en ces lieux. Quoi qu'il en soit, dans un moment d'oisiveté, je furetais, une baguette sous le bras gauche, une tartelette aux pommes entre les molaires et sans béret sur la tête, à la recherche d'un tas de pages broché qui remplacerait avantageusement pour un weekend, ou un début de weekend, mes manuels de concours. Et il se dressa sur ma route.
Ce fut comme une apparition.
Le livre était là, que dis-je Le Livre! Il s'étalait, lassif, languide, sur une table de présentation entre Les derniers sabotiers du Limousin et Restez belle et jeune en mangeant des rutabagas. Antechrista, le titre seul est un programme, finement provocateur, délicieusement féminin, terriblement attirant. J'avoue avoir hésité devant la densité de l'ouvrage. Mais au diable l'avarice! J'empoignai le roman d'une main, mon porte-monnaie de l'autre et m'avançai bravement vers la caisse. Ma mémoire défaillante refuse de me restituer le prix de ce bijou mais comment oserais-je mettre en balance quelques vulgaires euros et l'avenir de la littérature francophone?
De retour dans mon antre, je me plongeai frénétiquement dans la découverte de cette écriture si spéciale que des mots peinent à la... rendre. J'ai un instant imaginé vous en livrer quelques extraits mais serait-il juste de vous priver de la découverte, de l'émerveillement, de l'émotion lorsque vous tiendrez entre vos mains ces 80 pages de pure...
... stupidité. J'ai essayé pourtant, je le jure, j'étais pleine de bonnes résolutions, j'allais replacer Amélie Nothomb au panthéon des grands écrivains, la propulser au firmament des plumes, mais quelque chose bloque et je crains qu'il ne s'agisse du livre lui-même, de l'écriture, de l'intrigue, de la police de caractère et des espaces, de la ponctuation et du découpage des chapitres, d'Antéchrista en somme.
Deux personnages, la narratrice et Antéchrista, se partagent inégalement la vedette du récit. La narratrice est brune, moche, plate, gourde, et bonne élève. Christa, dite Antéchrista par la narratrice (admirez la subtile allusion biblique), est (allez, devinez...) blonde, belle, fortement poitrinée, désalée et cancrelate. Non, elle ne va pas nous faire le coup de la crucruche qui s'entiche de la bimbo, lui fait ses fiches de lecture et la suit en espérant glâner une once du magnétisme (animal) de ladite bimbo? Eh bien, si! Mais elle n'ira pas jusqu'à raconter l'histoire d'une lente inversion de situation, Christa gagne au début et perd à la fin, la moche perd au début et écrase Christa à la fin (non, elle ne devient pas belle, restons crédible les enfants...)? Si! Mais cette histoire est téléphonée, vous indignez-vous. Je pense même qu'elle est textotée, mmsstée, msnstée, mailée, voire vidéoconférencée.
Le pire dans tout ça, c'est qu'Amélie Nothomb, ou son éditeur, laissons le bénéfice du doute à la chapelière, applique la tactique hautement stratégique du "comment échapper à la purée de brocolis dans mon assiette". Fermez les yeux. Bon, vous pouvez les rouvrir. Vous vous êtes revus, enfants, devant cette fameuse assiette remplie de purée de brocolis. Autour de vous, nul oncle bienveillant et complice pour vider rapidement votre assiette à l'insu d'une maman soucieuse de votre apport vitaminique, nul toutou par l'odeur alléché (vous doutez du goût canin pour les brocolis?), nulle plante verte au feuillage suffisamment abondant pour cacher en dessous un emplâtre vert. La seule solution qui s'offre à vous consiste à étaler consciencieusement la purée en la repoussant sur les côtés de l'assiette, donnant ainsi l'impression que vous avez consommé une large part du magma brocolien. Basculez l'image dans le domaine éditorial, vous obtiendrez un écartement croissant des lettres, mots et paragraphes. Amélie a bien mangé sa page!
20:24 Publié dans Des feuilles, des cahiers, des livres! | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : amélie nothomb, antechrista
28.12.2006
Lenteur et circonvolutions
A la demande générale (un peu d'exagération n'a jamais fait de mal) d'un article sur les cadeaux apportés au pied de mon sapin par le père Noël, et plus précisément sur les cd de Biréli Lagrène et Laurent Korcia, je vous livre mes impressions sur... mes lectures d'Alice Ferney.
Ce n'est pas le gros homme en rouge qui déposa entre deux autres paquets les écrits de cette dame pour que j'y plonge avec passion, enthousiasme ou plus simplement curiosité. Ma rencontre avec cette plume remonte à une recherche de cadeau d'anniversaire pour une amie, qui écoppa finalement du roman de Tahar Ben Jelloun, Le dernier ami (qu'elle me pardonne cette histoire de trahison amicale). Cette quête m'avait néanmoins donné un nouveau prétexte pour aller flâner dans la librairie de mon enfance, au milieu de toutes ces couvertures fleurant bon l'encre et la colle, babiller littérature avec les trois responsables du magasin présents ce jour-là, passer une heure hors du monde, en pleine mer de l'édition. J'étais ressortie ce jour-là avec un joli paquet en papier brillant et à noeud-noeud ébourrifé, et mon premier Alice Ferney, Dans la guerre. J'emportai aussi ce jour-là mon premier Richard Millet mais le récit de mon algarade avec la Gloire des Pythres mérite un article à elle-seule, je l'oublie donc pour aujourd'hui.
Dans la guerre s'insinue dans la déjà longue tradition des romans de la Première guerre mondiale, réactivée à chaque anniversaire en 4, 5, 6, 7 ou 8, cinq années de guerre (une minute d'émotion en pensant à la scène de La Grande Vadrouille où de Funès tente d'attendrir l'officier allemand) et autant de commémorations et publications "y afférantes" comme l'écrivent les fonctionnaires de police dans leurs rapports. Le roman est un récit plongé dans les entrailles des tranchées, dans les sillons de l'arrière, dans l'oeil humide et trop intelligent du chien fidèle, trait d'union entre ces deux mondes, témoin muet du basculement entre la perspective de l'horreur et l'horreur subie. Alice Ferney s'invite dans les têtes de ses personnages, donne voix à la mort, à la peur, au manque, à la chair lourde de l'enfant attendu. Dans la guerre est un beau texte, et j'ai conscience de la banalité d'une telle déclaration, mais les qualificatifs les plus simples sont parfois les seuls qui viennent aux lèvres en refermant un livre. L'effervescence langagière la dernière page à peine achevée me semble outrancière, elle efface l'ouvrage en lui substituant une autre matière.
Seconde étape dans ma route de petit poucet, La conversation amoureuse : titre raccoleur pour une intrigue dont la simplicité confine au simplisme, à vue de quatrième de couverture. Pourquoi l'avoir choisi quand à ses côtés Grâce et dénuement me tendait les bras, pourquoi avoir sacrifié à cette interpellation un peu maladroite en dédaignant la délicatesse d'orfèvrerie de l'autre titre? Par romantisme mal placé sans doute, par étonnement aussi devant cette couverture de mains enlacées, mains alliancées d'amants adultères. Une histoire de couple illégitime forme le ciment ordinaire de cette conversation qui se veut l'antithèse de l'exceptionnelle passion. Là encore, c'est un livre chorale comme ces films à plusieurs têtes d'affiche où chaque personnage joue sa partition, du premier pupitre de premiers violons que sont l'amant et l'amante, à l'amie joueuse de triangle, au camarade trompettiste et au cocu altiste (ne me demandez pas pourquoi le cocu est altiste, il est des traditions qu'on doit renoncer à expliquer...).
Alice Ferney m'a appris la lenteur, à moi lectrice gourmande, impatiente. Elle m'a imposée le rythme de ses phrases sinueuses. J'ai découvert à la lire le bonheur d'abandonner l'urgence pour la descente tranquille d'un fleuve de mots. Il ressort de ces lignes une impression de gestes ralentis, profonds, doux. Alice Ferney sait décrire l'humain, dans ses contradictions, ses lâchetés mais aussi sa pureté conservée ou retrouvée. Peut-être devrais-je parler de son dernier roman, Les autres, mais il est encore trop tôt, il mérite de vieillir un peu dans ma mémoire.


