16.06.2007
Singlar Blues IV
"Attendez, je m'attrape le fond de terrine d'asticots, faudra bien ça pour réussir à te le décrire, l'autre. Merde, y a plus de pain, ça devient la Somalie dans le coin. Tant pis, j'ai pas envie d'aller voir cette clampe de boulangère qui va encore me demander comment va la petite famille alors qu'elle est la première commentatrice du blog de ma femme. Même que son pseudo, c'est La Miche chaleureuse, histoire de compenser sa ressemblance avec l'outil de travail de son sanglier, si tu vois ce que je veux dire.
L'autre donc... celui qui frotte ma femme dans les buissons, qui lui masse la couenne à l'huile de girolle, qui... Je m'étends pas si tu permets, rien que d'y penser, ça me tourneboule l'estomac comme une poêlée de coulemelles pas fraîches. Ben, figure toi, cher journal, que je le connais. Je dois avouer qu'au départ, en lisant les délires de Brunehilde, je l'ai pas franchement reconnu. Sans porter peine pour sa tête, j'ai quand même peur qu'elle verse dans le lyrisme débridé la pauvre laie, du genre à délaisser son sac de maïs pour baver devant Hugh Graount ou Colin Freurth. Comme elle ne fait pas les choses à moitié, elle a commencé par l'affubler d'un pseudo... Edifiant d'ailleurs... Marvon Hildebrando. Si j'avais pas eu des cornes à m'empêtrer dans tous les abat-jour de la baraque, j'aurais trouvé ça drôle. Pour être honnête, elle écrit bien la garce, et moi, le cocu, je trouve le moyen de la lire avec les larmes aux yeux tellement qu'elle est douée ma Brubru. Mais elle écrit sur l'autre et ça, j'ai beau avoir l'esprit esthète, ça me fout le coeur en vrac.
Marvon Hildebrando s'appelle en fait Wulframm Pignon, c'est moins classe mais ça l'empêche pas d'être l'amant de ma femme. Je l'ai rencontré il y a trois ans au troquet du coin, Chez la Civette. Il arrivait d'on ne sait où et m'a parlé de ses projets de futur libraire, de ses romans déjà presque sous presse (par ailleurs, j'ai fini par comprendre qu'ils étaient littéralement sous presse puisque visiblement l'éditeur s'en servait pour caler ses machines), de sa volonté de se concentrer corps et âme à la création (je savais que Brunehilde était une trouvaille, il lui a fait grimper un échelon apparemment). C'est un porc, un vrai, enfin, à ce qu'il dit. La peau rose et soyeuse, le groin humide et brillant, un suidé label rouge si tu vois la bête... à faire tomber toutes les truies à des kilomètres à la ronde, ce qu'il s'est empressé de faire dans son arrière boutique. L'épidémie pignonesque a touché presque toutes les bauges du voisinage, j'ai même deux trois potes qui ont fait les frais du phénomène. 'tain, à l'époque, ça me faisait marrer.
Hum, c'est pas tout ça mais j'ai gardé le plus beau pour la fin. Je suis pas un rat, voir les amis se faire baiser Fanny par ce pourceau, ça me restait en travers du gosier, alors j'ai fait mes petites recherches sur le bestiaud. Sa librairie, c'était du flan, j'y étais passé quatre ou cinq fois par politesse mais le roman régionaliste ET historique, j'encaisse pas. Pourtant il vivait et il vit toujours d'ailleurs comme s'il venait d'hériter de Bill Gates. En fourrant mon groin à droite et à gauche, j'ai fini par avoir la clé de l'énigme. Wulframm, un porc?! Autant que moi je suis archevêque! Non, Wulframm, c'est un vulgaire sanglier, comme moi, plus que moi, pire que moi, c'est un sanglier épilé... Ouais, t'as bien lu, et pas à la cire, à l'épilateur électrique pour récupérer le poil, parce que sa fortune, le Pignon, il l'a faite en revendant sa fourrure à une fabrique de blaireaux. Tu y crois, bouillie de papier?"
A suivre... et Brunehilde dispose bien entendu d'un droit de réponse...
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18.05.2007
Singlar Blues III
Une tache brunâtre interdit toute lecture du paragraphe suivant l'évocation de Margaux. N'ayant aucun moyen d'en restituer la teneur, je le signale selon la convention par des points de suspension entre crochets.
[...]
"Je crois que la bouteille de 51 d'hier soir était périmée, c'est sûrement ça, parce que j'ai pas souvenir de m'être déjà payé un mal de crâne pareil. Vous visualisez une cantine de maternelle le jour du repas de Noël, les cris pour précipiter la venue de la bûche, les piétinements? Transposez dans une boîte fermée de quelques cm3 et multipliez par 25, vous aurez une vague idée de la chose. Des années que j'avais pas fini rond comme une queue de pelle à sangloter comme une préado devant le dernier film de Britney Spears... Quand un de mes potes s'est fait larguer il y a deux ans, je me souviens lui avoir expliqué au bout de quinze jours de jérémiades qu'il fallait passer à autre chose, tourner la page, continuer à vivre, toutes les conneries qu'on peut récupérer pour l'occasion dans le dernier numéro de Laie actuelle. Il aurait pu me répondre que je voulais surtout qu'il me laisse vivre tranquille parce que j'avais Brunehilde dans ma soue, deux adorables petites marcassines prêtes à me sauter au cou en hurlant "papa on t'aime" et que son groin coulant me donnait vaguement la gerbe. C'était vrai, j'ai toujours détesté les gens qui reniflent à s'en propulser la morve au fond de l'estomac, ça me rappelle un des mes anciens profs d'histoire.
Saleté de cahier incapable de me répondre quand je te demande où elle est partie, tu veux savoir pourquoi je me suis cuité, écumé, confit au grand marnier hier soir ? A cause d'internet très cher, ça t'en bouche un coin, hein, à toi le papieux, avec ta gueule de recyclé qui s'assume pas. Le grand coupable, c'est le web, la toile de poussière où glissent à longueur de nuits des araignées creuses, les http et le htmêêhbêêl. Le grand coupable, c'est son blog... Le blog de qui ? De Brunehilde, t'es bouché ou quoi! Le blog de ma femme, le blog de celle à qui j'ai juré fidélité et de rabattre la lunette des toilettes, le blog sur lequel je suis tombé en inspectant l'historique de la semaine dernière, histoire de voir... je sais pas mais au cas où, enfin, pour comprendre peut-être...
Restons calme et verbalisons, c'est écrit dans Cosmo. Donc ma femme tenait un blog, rien que de très normal au fond, je suis bien en train de m'épancher entre tes pages, cher Journal qui mérites ta majuscule avec ce que tu supportes. En vérité, je n'ai qu'une seule toute petite chose à contester dans cette initiative fort louable d'exprimer les ondulations de sa conscience littérairement illustrées, un détail, une paille, une ombre de remarque... Le titre : "Autopsie d'une rupture". Je ne sais pas ce que tu en penses, bouillie de chiffon, mais je trouve dommage qu'elle ait succombé au ton "policier" actuel, non ? C'est vrai, pourquoi tomber dans cette orgie consensuelle, c'est pas Les Experts : Montcuq quand même pour parler d'autopsie... Je la hais. Depuis trois mois donc, folio mal plié, elle raconte par le menu, le gras et l'obèse nos problèmes de couple, enfin, ses problèmes de couple parce que j'ai pas été consulté alors je refuse de m'associer. Une note tous les deux jours, parce qu'elle est régulière, dame Brunehilde, elle laisse pas froidir son public. Une note sur mes poils qui traînent dans la salle de bain, une note sur ma bouteille de bière à côté de la télé, une note sur mon magazine de foot préféré et, parce que ma femme est une garce de la plus belle eau, une note sur l'autre... l'autre..."
A suivre bien sûr!
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11.04.2007
Singlar Blues II
"Elle a ri, ri, à s'en faire décoller les poils du groin. J'étais sacrément gêné pour Brunehilde, qui ouvrait des yeux de merlan jusqu'à ce qu'elle comprenne quand ma mère a bredouillé entre deux hocquets : "et si vous avez une fille, vous l'appelerez Frédégonde?". Pour le coup, c'est moi qui suis resté figé en voyant ma douce et tendre s'effondrer, secouée d'éclats convulsifs.
Ce jour-là mon père m'a dit: "fils, j'aurais préféré qu'elles se détestent, si elles commencent à rire ensemble, je donne pas cher de ta couenne". Si tu n'étais pas qu'un ramassis de sciure bouillie, tu comprendrais aussi, cher journal, la longue angoisse du mâle devant la complicité féminine. Toutes mes hontes de gosses y ont passé. Compte pas sur moi pour te les répéter, ma mère est encore là pour le faire de toute manière et je m'en voudrais de la court-circuiter dans ce domaine. Tant qu'à être ridicule, elle arrive à me rendre drôle quand je peux pas m'empêcher de tomber dans le pathétique.
Brunehilde... c'est moche comme prénom, mais vu le mien, je pouvais guère le lui dire. C'est la première laie à m'avoir rendu béat, du genre moine gâteux. Je crois que je l'ai toujours regardée, même si elle me dit que je l'ai jamais vue comme elle était, je suis sûr que je l'ai regardée. Je faisais même que ça quand on s'est connu. Elle parlait, remuait les pattes, riait, dansait, et moi je la regardais, à m'en trouer les yeux. Comment t'expliquer ça... c'était comme si elle risquait de disparaître alors je la fixais de toutes mes forces au cas où, pour pas perdre son image, pour pas l'oublier. Finalement j'ai bien fait puisqu'elle a fini par disparaître. Je me souviens que je l'agaçais avec ça, elle s'arrêtait brutalement de parler et me disait: "bon, qu'est-ce qui se passe? qu'est-ce que j'ai?".
Rien, elle n'avait rien, elle était là et ça me paraissait presque miraculeux. En seconde, la prof de français nous avait fait bosser sur un texte, je sais plus l'auteur, mais ça commençait par "ce fut comme une apparition". Et bien, c'était exactement ça, Brunehilde, c'était 60 apparitions par minute, et moi j'avais pas assez de deux yeux pour les enregistrer. Evidemment, je passais pour un semi-benêt, ce qui n'était pas faux, vu qu'avant de partir elle m'a traité de benêt complet. C'est logique, quand on s'est rencontrés, j'étais jeune, depuis, je me suis amélioré. Bordel, j'ai oublié d'appeler le couvreur, bon, penser à appeler le couvreur, comment ça agenda c'est pas compris dans tes fonctions? Oui, ça fait tache le couvreur au milieu du reste, mais j'y peux rien moi, s'il y a des infiltrations dans la chambre des petites, il faut bien que je le note quelque part, je sais pas où elle range les post-it.
Où j'en étais... si, que j'avais l'air d'un con. Mouais, on avance pas, mais à l'époque, je m'en foutais d'avancer du moment qu'elle me laisse la suivre et la regarder. Je supportais même Margaux, sa meilleure amie. Et pourtant, dire que je la portais dans mon coeur relève de l'euphémisme le plus mielleux. Cette laie me filait du psoriasis rien qu'à la savoir dans un rayon de 12km. Margaux partait dans la vie avec une belle tête de championne et faisait la course en tête dans la catégorie "pouffiasse d'élevage". En boîte, elle arborait toujours fièrement un t-shirt "Château cherche tire-bouchon". Perso, ça me laissait de liège, mais un paquet de mes potes étaient déjà partis en vrille sur son AOC."
A suivre... bientôt... j'ai un petit impératif la semaine prochaine qui risque de me faire prendre du retard dans l'édition... un léger impondérable...
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03.04.2007
Singlar Blues
Je ne vous ai jamais parlé de Sigebert, le sanglier dépressif que j'ai croisé un soir de novembre en rentrant dans ma cambrousse natale?
Cette rencontre trop brève à mon goût (la rencontre, pas les suites qui, elles, s'avérèrent fort longues, mais j'y reviendra... comme disait un ancien professeur) déboucha cependant, car la chance me poursuit comme le fêtard imbibé un soir de fête de la musique, sur la découverte archivistique du siècle. Non?... Si! Sigebert tenait un journal, pas un vague agenda, pas un blog, un journal, un vrai, sur du papier chiffon de surcroît (des carrés Hermès paraît-il). Cette oeuvre remarquable parvint entre mes mimines émues et, succombant au virus de l'éditeur, j'ai décidé de le porter à la connaissance du public, pour que le gruik de douleur de Sigebert retentisse haut dans le ciel d'internet.
"Elle est partie la garce... la salope... et elle reviendra pas, c'est pas la Pomponette, ma Brunehilde, un vrai caractère de laie. Si elle s'était pas tirée avec les marcassines, ça me ferait presque rire. Cher journal, comme dit la Gruidget Jones (encore un film qu'il a fallu se farcir en boucle), tu vas devoir me supporter maintenant qu'elle n'est plus là pour m'entendre braire. C'est pas que je parle beaucoup, mais j'ai quand même besoin que quelqu'un m'écoute. Elle faisait ça assez bien Brunehilde et des fois, elle répondait. Je sais plus trop ce qu'elle répondait d'ailleurs, mais ça faisait un bruit de fond, depuis que la radio était morte. Si elle me voyait prendre la plume, elle en tomberait de cul, mais finalement, ça n'a pas l'air si difficile de faire un journal. Paraît même que c'est à la mode. Tiens, si ça se trouve, j'en ferai un bouquin chez Sauciflard, avec une belle couverture crème.
Je me sens un peu con, à m'épancher sur la toile cirée trouée de la cuisine. Il traîne encore des miettes du petit-déjeuner, des ronds de confiture de pêche (elle a cristallisé cette confiture, pas assez d'eau dans les fruits disait Brunehilde), du café séché et des dunes de Poulain construites par les gamines. Mais au fond, hormis le voisin de l'autre côté de la route qui passe ses journées à détailler la couleur des dessous de ma femme, je vois pas qui pourrait me surprendre dans cette faiblesse d'ado boutonneuse.
Cher journal (c'est vraiment ridicule comme expression mais finalement autant rentrer dans le jeu jusqu'au bout), tu connais déjà mes grosses pattasses vu que tu me servais à noter les dates de mes relevages de maïs, je ne suis guère qu'un brave suidé, un pauvre sanglier tout seul dans sa bauge. Mes parents auraient pu me propulser dans l'existence avec un minimum de bienveillance, mais ils ont préféré me baptiser Sigebert, tout ça parce que ma mère aimait les vieilles chroniques médiévales et qu'en voyant ma hure à la naissance, ça lui a rappelé les terreurs de l'an Mil. Je te raconte même pas son fou rire le jour où je lui ai présenté Brunehilde... et puis si d'ailleurs, je te raconte, c'est à ça que tu sers, non?"
La suite bientôt (c'est pas pour critiquer mais il écrit comme un porc, Sigebert, alors la transcription prend du temps)
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